Humeur

Parce qu'il est bon parfois de se lâcher, ces billets traduisent une réaction d'humeur; en général, mauvaise.

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dimanche 9 janvier 2011

Le serveur propose, le navigateur dispose.

Il semblerait que de plus en plus de gens l'oublient, mais tout ce qui se passe à l'intérieur de votre ordinateur devrait s'y passer parce que vous l'avez décidé, voulu, explicitement demandé.
Et l'exemple le plus frappant, c'est celui qu'offre les éditeurs de sites web qui partent du principe qu'ils maitrisent, depuis leurs serveurs, ce qu'ils désignent sous le nom d'expérience utilisateur.

Ce qui m'a rappelé cette évidence, c'est un article du Framablog [1] qui relate la fronde qui s'est levée sur internet suite à la nomination de Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, comme Personnalité de l’année 2010 par l'hebdomadaire américain Time Magazine.

La réaction proposée est assez classique : une campagne d'affichage basée sur un petit panneau à placer sur les sites qui veulent soutenir la désapprobation. Le message est simple et clair : "Où est le bouton : J'aime pas ?" ("Where's the "dislike" button?") et il est illustré par un visuel dont je connais et salue le traducteur.

Mais je reviens à ce qui fait le sujet de ce billet et le lien avec la colère de la FSF sur le pistage lié au fameux pouce Facebook "Like"; un pistage si dérangeant que des moyens commencent à apparaitre pour s'en débarrasser.

Comme je le dis au début de cet article, ce phénomène est juste la conséquence d'un manque de discernement de votre navigateur, bassement exploitée par tout un tas de sites (Facebook n'est pas le seul a rêver de vous pister partout, c'est juste le plus gros et donc le plus efficace). Un peu comme une espèce de naïveté dont vous n'auriez pas pris soin de le débarrasser avant de le confronter au web.

Passons à l'explication.

Lorsqu'un serveur vous transmet une page pour que votre navigateur vous l'affiche, il ne fait que vous transmettre les adresses de tout un tas de fragments, images, scripts et autres, provenant de ce même serveur ou d'autres sites. Et c'est votre navigateur qui est censé aller récolter docilement tous ces morceaux et les assembler pour construire la page que vous lisez.

Mais de nombreux moyens existent pour doter votre navigateur d'un peu plus de méfiance; à commencer par Greasemonkey, NoScript ou AdBlock Plus[2].

Ces extensions peuvent être configurées pour analyser la proposition du serveur (la page que vous souhaitez afficher) et en retirer certains fragments si ceux ci correspondent à certains critères.

Dans le cas d'Adblock Plus, des listes entières de critères pré-renseignés existent et peuvent être utilisées; elles se mettent même à jour automatiquement pour s'adapter aux nouvelles nuisances et suivre les évolutions du web. Et comme on peut ajouter ses propres critères d'élimination, il est facile d'exploiter les capacités de cette extension pour faire disparaitre les pouces Facebook de la toile, du moins de celle que vous parcourez.

Ceux ci étant affiché par le code suivant :

<iframe src="http://www.facebook.com/plugins/like.php? ...

il suffit d'ajouter à AdBlock Plus le filtre :

||facebook.com/plugins/*

Et ce moyen est valable pour tous les fragments de web qui vous semblent inutiles, ou tous les sites dont vous ne voulez plus entendre parler.

Cerise sur le gâteau, qu'apprécieront tout particulièrement ceux qui naviguent avec une forfait data sur clé 3G, tous ces fragments qui ne sont pas téléchargés, toutes ces publicités, souvent en technologie flash, c'est autant de Kilo-octets d'économisés et une rapidité d'affichage améliorée.

Notes

[1] Cet article est la traduction française d'un article de la FSF.

[2] Je ne parle là que d'extensions pour Firefox, mais certaines existent ou ont des équivalents pour d'autres navigateurs.

lundi 6 décembre 2010

Le mensonge, liant social ?

J'avais une fois déclaré à mon professeur de mécanique : "Sans frottements, on aurait besoin de bien moins d'énergie pour faire tourner une machine; plus de roulements à billes, plus de lubrifiants, ce serait plus simple." Ma remarque partait d'un constat trop hâtif que mon professeur tempéra en m'expliquant que, sans l'existence des frottements, la mécanique n'existerait tout simplement pas : "On ne pourrait plus serrer une vis et un écrou sans qu'il se dévissent d'eux même aussitôt."

Quand je vois ce qui se passe à l'heure actuelle avec le site Wikileaks; j'en viens à penser que le mensonge, au moins par omission, est un liant social, nécessaire à l'assemblage que constitue nos sociétés telles qu'elles sont, alors même qu'elles érigent la Vérité en valeur suprême. Ce mensonge, qu'on serait ouvertement condamné à combattre, tout en prenant bien soin de ne jamais laisser la Vérité remporter une victoire complète par éradication.

Je ne peux m'empêcher d'y voir cette dualité équilibrée du Yin et du Yang, du Bien et du Mal, ou plus prosaïquement, en informaticien que je suis, du Vrai et du Faux : le 1 et le 0.

D'ailleurs, si c'est un assourdissant concert de voix qui réclame une muselière technico-juridique pour faire taire Wikileaks, pas une seule ne mets en doute la véracité des révélations qui y sont faites. Il s'agit donc bien d'une attaque distribuée[1] qu'il s'agit, venant des pouvoirs de tous bords, dirigée contre la manifestation de la Vérité, cet espèce de Graal de tout système judiciaire.

Finalement, cet excès de Vérité est peut-être un juste rééquilibrage après trop de mensonges. L'histoire jugera, cette histoire que Napoléon qualifiait de "mensonge que personne ne conteste".

Notes

[1] Allusion aux attaques de type DDOS (Distributed Denied Of Service) dont le site wikileaks.org et ses innombrables miroirs sont la cible; méthode brutale pour faire taire un site en le rendant inaccessible, habituellement plutôt utilisée par des cyber-criminels.

jeudi 28 octobre 2010

Carte Musique Jeunes : le compte n'est pas bon

Bon, on va dire que j'ai l'esprit tordu, mais qu'importe !

Imaginons que je sois Mr Universal.

  • Je me commande une carte jeune avec l'émail "DTC_00001@hotmail.com"
  • Je paye 25 € TTC de ma poche gauche (État 1er gagnant : 4.5 € de recette fiscale)
  • Je m'achète 50 euros TTC de n'importe quoi sur mon site
  • Je me paye ma facture avec la carte précédemment obtenue
  • L'état récupère la TVA sur 50 euros (État encore gagnant : 9 € de recette fiscale)
  • Le reste rentre dans ma poche droite (Universal 2ème gagnant de 41 € HT)
  • Je retire l'investissement de départ de l'opération (20.5 € HT ou 25 € TTC ?[1])
  • Je recommence avec "DTC_00002@hotmail.com"

Bilan (pour chaque tour de manège)

  • État : Recette fiscale : +13.5 € (ministère des finances), Subvention : -25 € (ministère de la culture)
  • Universal : cout de production : 0 €, Chiffre d'affaire HT : 41 €, Frais d'opération TTC ; 25 €

En résumé

  • État = -11.5 €
  • Universal = +16 €
  • Consommateur/Contribuable : 27.5 € à sortir pour alimenter un seul tour du manège ...

Je demande l'aide d'un comptable pour m'expliquer où j'ai fait une erreur; merci d'avance.

Ah, et sinon, il y a la carte J'aime la Musique, de Jamendo, qui coute 0 €, subvention du contribuable incluse, et vous donne le droit de télécharger librement 40000 titres et de les partager avec vos amis, légalement.

Carte J'aime la musique - Jamendo

Notes

[1] Ne sachant s'il était possible de récupérer la TVA sur l'achat de la carte, j'ai choisi de considérer le montant TTC, cas le plus défavorable pour Mr Universal.

mercredi 20 octobre 2010

Microsoft l'affirme : "Google avait raison !"

Et il faut lire entre les lignes de ces virtuoses de la communication, pas une fois le nom de l'ogre concurrent n'apparait dans l'annonce officielle d'Office 365.

Bon, ça n'a pas du être facile, mais ils ont quand même été obligé de ravaler leur arrogance et doivent maintenant se lancer dans la poursuite du leader, avec l'infâmant dossard de l'outsider.

J'en connais par contre un qui jubile : Louis Naugès[1], que je lis régulièrement sur ce sujet qu'il maitrise. Il y voit la consécration d'un modèle qu'il défend par "jet de l'éponge" de l'adversaire principal.

Je vous laisse découvrir en détail la FAQ du site de Microsoft. L'offre est une copie morcelée de celle de Google, à laquelle une grille de tarification tellement complexe qu'on la croirait sortie de l'esprit de Larry Ellisson[2] est attachée, certainement pour permettre de la présenter de façon à la fois plus chère et plus avantageuse; du marketing de haute volée.

Bon, optimiste de nature, je me dis que la concurrence sérieuse va bénéficier au client, avec une amélioration de la qualité des produits et une augmentation des fonctionnalités de l'offre. Après tout, regardez l'exemple de Firefox. La qualité des navigateurs n'a jamais été aussi bonne, et leur nombre aussi important, que depuis qu'il a fait son trou. Jamais la courbe d'amélioration et d'innovation n'a été aussi forte, et tout cela au bénéfice de tous.

Enfin, de tous ... de ceux qui lèvent la tête et regardent plus loin que le nœud de cravate du commercial de leur fournisseur habituel venu leur faire signer le "Bon pour Impôt" justifié par la nouvelle version du truc-machine-bidule dont ils ne comprennent pas l'utilité mais dont le nœud de cravate leur a assuré que c'était bien pour eux.

Je termine avec une brève de comptoir (ou de machine à café) entre deux techniciens de helpdesk :

  • "T'as vu, la prochaine version d'Office est 'on the cloud'; c'est Office 365 !"
  • "Eh ben, si c'est le nombre de plantages par an, ils ont fait de sacrés progrès par rapport à Office 2010 !"

Notes

[1] Je rappelle que le blog de Louis Naugès fait partie de ces "saines lectures" que je vous recommande depuis plusieurs mois.

[2] Larry Ellisson est le patron d'Oracle, société connue pour avoir une politique de licence et de tarification aussi alambiquée que changeante, ce qui leur coûte annuellement une fortune en formation pour leur commerciaux :)

vendredi 8 octobre 2010

Bing vient se cultiver à la BNF

Fiction :

Un ami, qui donc connait mes convictions éthiques, m'appelle au téléphone pour me signaler que Microsoft vient de placer son moteur, Bing, là où Google avait été éconduit avec peu de ménagement : sur le fond Gallica de la BNF.
Pendant qu'il me lit l'article, la liaison se dégrade, rendant une partie du discours inaudible; voilà ce que j'entends :

"Cet accord ... est le fruit d'un long travail avec ... président de la BNF ..."

Je ne sais pas si ce sont les parasites, mais j'ai l'impression d'entendre le bruit des liasses de billets qu'on compte. Je me fais plus attentif, intrigué.

"Il marque une étape ... notre vision de la recherche sur internet en France : la collaboration ... dans le respect de ... la propriété intellectuelle et du développement de la société ... Steve Ballmer ... très heureux ...

Une petite goute froide coule le long de mon dos. Que déduire de ce que je viens d'entendre ?

Fin de la fiction.

En fait, j'ai moi même lu l'article original, en entier; il est factuel; rien à redire[1].

Mais, est-ce que je suis un peu lassé de toutes ces communications tonitruantes ? Suis-je le seul de leur trouver un coté tellement décalés dans leur coté 'bisounours' avec la peu reluisante réalité des procès innombrables, véritable billard judiciaire multi-bandes ?

Le fait est qu'à force de chercher à redresser les discours officiels pour les lire entre les lignes, je fini par ne plus croire 'sur parole', par chercher à 'recouper les sources', je me rend compte que je fini par faire le boulot d'un journaliste(dur labeur, au passage), alors que je souhaité simplement être son lecteur.

Heureusement que je lis principalement des articles techniques, je n'ose pas imaginer les affres qui seraient les miens si mes lectures étaient plus ... politiques.

Notes

[1] D'ailleurs, et j'espère que l'auteur (Olivier Chicheportiche) ne m'en tiendra pas rigueur, mais je dois à la vérité de transcrire ici sans altération le passage que je me suis amusé à saucissonner. Je cite : "Cet accord avec la BNF, le premier du genre pour Microsoft, est le fruit d'un long travail avec Bruno Racine (président de la BNF) et ses équipes. Il marque une étape décisive dans la concrétisation de notre vision de la recherche sur internet en France : la collaboration avec les institutions et partenaires français dans le respect de leur identité, de la propriété intellectuelle et du développement de la société de la connaissance", commente Steve Ballmer, patron de Microsoft, très heureux d'avoir damé le pion à Mountain View.

lundi 16 août 2010

La non-bidouillabilité, talon d'achille d'Internet ?

Lors des onzièmes Rencontres Mondiales du Logiciel Libre (RMLL), le samedi 10 juillet, une conférence-débat s'est tenue à l'Athénée Municipal de Bordeaux.

La présence de Thierry Stœhr, président de l’Association Francophone des Utilisateurs de Logiciels libres (AFUL) et Benjamin Bayart, président de French Data Network (FDN) promettait des échanges aussi intéressants qu'agréables. Réunissez au même endroit, au même moment, le défenseur acharné des Formats Ouverts et le héraut de la neutralité du net, donnez leur à chacun un micro, et préparez vous à passer un bon moment, aucun des deux intervenants n'étant dénués d'humour.

Je dois dire que je n'ai pas été déçu, et j'attends avec impatience que l'enregistrement de cette conférence-débat soit encodé et mise en ligne sur le site des RMLL. Mais le but de ce billet n'est pas d'en faire une retranscription, chose fort intéressante que d'autres que moi feront certainement, et mieux.

Si je parle de cet évènement, c'est que j'en ai profité pour poser aux deux orateurs présents une question qui me taraude depuis un certain temps sur la nécessaire bidouillabilité[1], non seulement du logiciel, mais aussi du matériel, sans laquelle la possibilité d'échanger librement des données libres pourrait tout simplement ne plus être possible.

Pour pouvoir participer à cette future société, intégrant complètement Internet, avoir 5 sens et une conscience n'est pas suffisant. Cela impose l'usage d'appareils qui sont comme autant de prolongements de nous même.

A quoi servira un réseau neutre si c'est dans les terminaux d'accès que se trouve le verrou inféodé à je ne sais quel pouvoir commercial, politique ou religieux. A des époques pas si lointaines, dans des pays pas si éloignés de nous, c'est de son voisin qu'il fallait se méfier. Maintenant, c'est dans nos poches, nos salons, nos bureaux que risquent de se retrouver ces indicateurs zélés, qui auront bien plus de la délation comme arme, puisqu'ils sont les prothèses indispensables à notre accès au Réseau des Réseaux.

Ils pourront refuser d'obéir à nos choix, carrément nous couper cet accès de façon plus ou moins sélective, pour finalement nous exclure de cette société des "homo interneticus" dont parle L. Nauges dans son blog. Le fond de ce billet pourrait d'ailleurs être directement repris des commentaires que j'ai laissé sur le sien [ici] et [là].

Récemment, un article relayé par un billet de T. Nitot m'a fait sursauter. Il évoque une technologie de verrouillage, nommée eFuse, permettant de rendre un appareil incapable de fonctionner en l'altérant sur un plan matériel (flashage d'une eeprom).

Qui me garanti que demain, tous les appareils nécessaires à l'usage d'internet ne seront pas ainsi désactivables ? Et pourquoi pas à distance[2] ? A quoi servira un Internet neutre si je ne peux m'y brancher qu'à travers des appareils suspects ?

Les terminaux d'accès font partie intégrante du réseau; ils nous sont indispensables pour y accéder et faire pleinement partie de notre société de l'information. Nous n'avons pas d'autres possibilités que d'avoir confiance dans ces appareils comme dans nos yeux, nos oreilles, notre bouche et nos mains; et pouvoir les 'bidouiller' à notre guise est le seul moyen d'obtenir cette confiance.

A quand les premiers matériels libres ?

Notes

[1] Pour moi, et certainement beaucoup d'autres, le terme bidouillabilité fait référence à une série de billets que Tristan Nitot a publié sur son Stanblog. Le regret à peine voilé de l'absence de Tristan a d'ailleurs été relevé sur le ton de la boutade par Benjamin Bayart sur ce simple mot.

[2] Il n'y a qu'à se rappeler l'affaire de l'effacement de livres par Amazon sur ses Kindles.

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