La non-bidouillabilité, talon d'achille d'Internet ?

Lors des onzièmes Rencontres Mondiales du Logiciel Libre (RMLL), le samedi 10 juillet, une conférence-débat s'est tenue à l'Athénée Municipal de Bordeaux.

La présence de Thierry Stœhr, président de l’Association Francophone des Utilisateurs de Logiciels libres (AFUL) et Benjamin Bayart, président de French Data Network (FDN) promettait des échanges aussi intéressants qu'agréables. Réunissez au même endroit, au même moment, le défenseur acharné des Formats Ouverts et le héraut de la neutralité du net, donnez leur à chacun un micro, et préparez vous à passer un bon moment, aucun des deux intervenants n'étant dénués d'humour.

Je dois dire que je n'ai pas été déçu, et j'attends avec impatience que l'enregistrement de cette conférence-débat soit encodé et mise en ligne sur le site des RMLL. Mais le but de ce billet n'est pas d'en faire une retranscription, chose fort intéressante que d'autres que moi feront certainement, et mieux.

Si je parle de cet évènement, c'est que j'en ai profité pour poser aux deux orateurs présents une question qui me taraude depuis un certain temps sur la nécessaire bidouillabilité[1], non seulement du logiciel, mais aussi du matériel, sans laquelle la possibilité d'échanger librement des données libres pourrait tout simplement ne plus être possible.

Pour pouvoir participer à cette future société, intégrant complètement Internet, avoir 5 sens et une conscience n'est pas suffisant. Cela impose l'usage d'appareils qui sont comme autant de prolongements de nous même.

A quoi servira un réseau neutre si c'est dans les terminaux d'accès que se trouve le verrou inféodé à je ne sais quel pouvoir commercial, politique ou religieux. A des époques pas si lointaines, dans des pays pas si éloignés de nous, c'est de son voisin qu'il fallait se méfier. Maintenant, c'est dans nos poches, nos salons, nos bureaux que risquent de se retrouver ces indicateurs zélés, qui auront bien plus de la délation comme arme, puisqu'ils sont les prothèses indispensables à notre accès au Réseau des Réseaux.

Ils pourront refuser d'obéir à nos choix, carrément nous couper cet accès de façon plus ou moins sélective, pour finalement nous exclure de cette société des "homo interneticus" dont parle L. Nauges dans son blog. Le fond de ce billet pourrait d'ailleurs être directement repris des commentaires que j'ai laissé sur le sien [ici] et [là].

Récemment, un article relayé par un billet de T. Nitot m'a fait sursauter. Il évoque une technologie de verrouillage, nommée eFuse, permettant de rendre un appareil incapable de fonctionner en l'altérant sur un plan matériel (flashage d'une eeprom).

Qui me garanti que demain, tous les appareils nécessaires à l'usage d'internet ne seront pas ainsi désactivables ? Et pourquoi pas à distance[2] ? A quoi servira un Internet neutre si je ne peux m'y brancher qu'à travers des appareils suspects ?

Les terminaux d'accès font partie intégrante du réseau; ils nous sont indispensables pour y accéder et faire pleinement partie de notre société de l'information. Nous n'avons pas d'autres possibilités que d'avoir confiance dans ces appareils comme dans nos yeux, nos oreilles, notre bouche et nos mains; et pouvoir les 'bidouiller' à notre guise est le seul moyen d'obtenir cette confiance.

A quand les premiers matériels libres ?

Notes

[1] Pour moi, et certainement beaucoup d'autres, le terme bidouillabilité fait référence à une série de billets que Tristan Nitot a publié sur son Stanblog. Le regret à peine voilé de l'absence de Tristan a d'ailleurs été relevé sur le ton de la boutade par Benjamin Bayart sur ce simple mot.

[2] Il n'y a qu'à se rappeler l'affaire de l'effacement de livres par Amazon sur ses Kindles.

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