Mon ordinateur est un atelier ... d'artiste

Comment appréhendez vous ce cyber-espace qui semble se trouver dans votre ordinateur, juste derrière votre écran, à portée de votre souris ? Quelle est la représentation mentale que vous utilisez pour manipuler toutes les facettes de cet univers immatériel qui devient chaque jour de plus en plus le notre ?

Je viens de réaliser, à la lecture d'un commentaire de Philippe Scofoni sur son blog, que mon utilisation des bureaux est bien différente de celles qui ont certainement inspiré les créateurs de ces nouvelles interfaces qui fleurissent un peu partout; de Windows8 à OS-X Lion et, plus proche de moi, Gnome3 et surtout Unity. De là à y trouver l'explication de mon rejet, il n'y a qu'un pas.

En fait, je ne fonctionne pas mentalement "par activité" ; d'où mon insatisfaction devant ces Gnome3 et autres Unity dont c'est l'approche assumée. Je ne me dis pas : "Tiens, je vais retoucher des images." en attendant de me retrouver devant un espace de travail où se trouveraient rassemblés, disponibles, tous les outils liés à cette activité.
Non ! c'est trop séquentiel pour moi.

Je ne fonctionne pas non plus "par type d'application" : un bureau pour internet, un pour le jeu, un pour le graphisme, etc. Je suis d'accord avec Philippe c'est une organisation bien trop rigide. J'y vois comme un parallèle avec le choc de l'entrée au collège où il faut apprendre à changer de salle pour changer de matière; ça gène une approche globale de l'acquisition des savoirs.
Et je n'aime pas trop les cloisonnements.

Faute d'une meilleure appellation, disons que je fonctionne plutôt "par sujet"; ou "par idée".

Parce que si, pour moi aussi, "activité = combinaison d’applications", je fonctionne à un niveau plus global où "sujet = combinaison d'activités". Et mon ordinateur est mon assistant sur tous les sujets à la fois, au fur et à mesure qu'ils se présentent (et j'ai rarement une grande prise sur l'ordonnancement de toutes ces sollicitations).

Le meilleur parallèle que j'ai pu trouver est l'atelier d'un peintre où il y aurait plusieurs chevalets avec, sur chacun, une toile en cours, et posés à coté une palette, des couleurs, des pinceaux. Il y aurait des huiles, des aquarelles, et une ou deux statues aussi, ou des moulages de terre glaise. Et le transat près de la chaine hifi pour reposer ses yeux en ouvrant ses oreilles. Et le fauteuil près de la fenêtre pour lire confortablement. Et la table basse autour de laquelle, avec ses amis, on refait le monde en discutant et en buvant l'apéro.

Et tout ça dans une même pièce ! Mais ce qui peut sembler être un capharnaüm à d'autres est en fait la projection minutieusement orchestrée d'un esprit global, multi-tâches, qui les mène en parallèle et simultanément. Cette forme d'organisation dont seul l'auteur comprend la logique et qu'on nomme : vrac[1].

Toutes proportion gardées (je ne suis pas un artiste), j'y retrouve cette façon d'être que j'avais, enfant, où j'ouvrais mes cahiers sur des pages neuves pour faire mes devoirs; un pour le français, et un autre pour les maths, etc. Et le bureau étant rapidement trop petit, les livres et les cahiers ouverts finissaient par recouvrir le lit, le sol ...

Si je reviens à mon utilisation de l'ordinateur, j'ouvre un bureau[2] à chaque fois que que je me lance sur un sujet. Et il est presque certain qu'il induira plusieurs activités, souvent les mêmes que pour le sujet sur lequel je travaille sur le bureau d'à coté. Mais dans mon esprit, il s'agit bien de deux univers séparés.

j'ai par exemple un Firefox d'ouvert sur chaque bureau, et dans chaque Firefox, des dizaines d'onglets[3] en rapport avec le sujet que je traite sur ce bureau.

Si j'ai besoin de mettre un sujet en attente, je crée un dossier de raccourcis qui contient tous les onglets ouvert dans cette fenêtre. Je les ré-ouvrirais tous dans une autre fenêtre vide sur un autre bureau, vide aussi, à un autre moment.

Ce sont au contraire les programmes qui ne se lancent pas plusieurs fois qui me gênent; comme The Gimp. J'ai souvent deux documents en cours de rédaction ouverts sur deux bureaux différents. Pour y insérer des illustrations, il est parfois nécessaire de retoucher une image prise sur le web, ou une capture d'écran. Avec Gimp, j'étais toujours ramené sur le bureau où je l'avais ouvert la première fois et où finissaient par s'accumuler des images sans rapport entre elles, provenant de plusieurs sujets. Voilà ce qui pour moi faisait désordre. Mais il faut croire que je n'étais pas le seul à trouver ce fonctionnement horripilant puisqu'une option (-n) permet de lancer autant de Gimp que vous voulez.

Si cette petite astuce vous semble utile, c'est peut-être que vous êtes un peu comme moi.

Notes

[1] VRAC : Véritable Révolution dans l'Approche du Classement.

[2] Quasiment tous les gestionnaires d'interface du monde GNU/Linux (les Windows Manager comme Gnome) permettent de disposer de plusieurs espaces de travail séparés appelés "bureaux". J'en ai en permanence entre 4 et 8, et mon Cube (Compiz Fusion) ressemble très souvent à un praxinoscope.

[3] je les gère avec deux extensions, Tab Mix Plus et Easy DragToGo, qui me permettent d'en avoir bien davantage en les gérant plus simplement; j'en ai déjà parlé ici.

Commentaires

1. Le mercredi 7 septembre 2011, 13:07 par bochecha

En fait, je ne vois pas vraiment ou est le probleme :
- tu dis travailler sur plusieurs "sujets" a la fois, chacun ayant son "univers" distinct
- chaque "sujet" correspond a un "truc" sur lequel tu travailles, t'amuses,...
- chaque "sujet" peut necessiter plusieurs applications
- chaque application peut se retrouver dans plusieurs "sujets", souvent en meme temps

Et tu peux faire ca avec les workspaces de Gnome 3 sans souci :) (je ne parle pas d'Unity, je ne connais pas).

C'est ce que je fais moi en tout cas.

Par exemple, quand je me mets a programmer, j'ouvre un workspace avec un Epiphany, un ou plusieurs Gnome-Terminal, etc...

Mais j'ai bien souvent un Epiphany sur un autre workspace.

Et si je suis sur plusieurs sujets en meme temps (parce qu'au boulot je dois compiler des trucs, programmer d'autres choses, etc...) j'aurai un bureau virtuel pour chaque sujet.

C'etait evidemment faisable avec Gnome 2, mais l'enorme avantage de Gnome 3 c'est que le nombre de workspace est dynamique, et donc que chaque fois que mon boss vient me voir pour me rajouter un enieme truc sur ma TODO-list, j'ouvre un nouveau workspace en quelques secondes :)

Je comprends ta frustration avec les applications a instances uniques, mais c'est un probleme avec ces applications plutot qu'avec l'environnemnent (et c'est un probleme corrigible, comme le montre l'exemple de Gimp).

Tout ca pour dire que je ne vois absolument pas en quoi Gnome 3 ne correspond pas a ce que tu decris ici. Qu'est-ce que j'ai rate ? :)

2. Le mercredi 7 septembre 2011, 22:16 par Christophe

Pour être franc, je n'ai pas pris le temps de (vraiment) tester Gnome 3 et son Shell avant qu'il soit officiellement disponible sur Ubuntu, ce qui va arriver avec la 11.10 en vue d'une adoption éventuelle sur la LTS 12.04; en espérant pouvoir en retirer totalement Unity, son look de smartphone et ses horripilants "thin sliders" car c'est surtout lui qui provoque ma ire.

Des tests faits en VM sur la 11.10 beta, je retiens surtout la difficile cohabitation avec mon Cube Compiz (mais c'est peut-être Unity le fautif, comme sur la 11.04) et sa tendance, comme tous les OS à la mode, à remplacer des listes par des matrices d'icônes. Quelques manques aussi, comme l'absence de clic-droit sur le bureau, mais ça se règlera (si ce n'est déjà fait avec des outils comme GnomeTweakTool).

Non, c'est surtout ce petit détail (normal pour certains) que j'appelle le look smartphone que je déteste ! (et "affaire de goût, point de disputes" disait mon père).
Un dock à la Cairo (avec l'icône du Menu Application) pour remplacer un menu, passe encore; mais des icônes partout, non!

Je force depuis toujours (au moins depuis Windows 3.1) l'affichage en liste à classement chronologique, pas alphabétique, parce que "mentalement, je fonctionne comme ça". Nourri au "Tout est fichier" en vigueur depuis Unix SystemV, je trouve plus confortable de voir et de manipuler la réalité de la technique avec le moins de filtre décoratif possible.

A mon sens (et en exagérant un peu), les interfaces graphiques devraient se contenter de faire juste un peu plus que la coloration de la ligne de commande de bash :)

J'y regarderais encore d'ici quelques mois pour voir comment l'enrichiront les insatisfaits (les satisfaits n'y apporteront rien); mais je m'intéresse de plus en plus à XFCE ...

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