samedi 1 mai 2010

Comment créer le fichier client idéal pour la Carte Musique

Je viens de réagir de façon un peu rapide à un article de ZDNet sur la première conférence de presse que donnera la HADOPI ce lundi 3 mai.

Son secrétaire général, Éric Walter, fait savoir que ce sera l'occasion de présenter "les modalités d'application de la loi" (certaines sont particulièrement attendues, comme le dispositif de sécurisation), "et un calendrier opérationnel" (volontariste, à défaut de réaliste). Il ajoute : "Et nous expliquerons également nos intentions pour ce qui est de promouvoir les offres légales sur Internet".

A l'heure où une bonne partie du web fait du ramdam[1] autour d'un nuage de fumée électronique élégamment nommé "SeedFuck", je pose la question : et si la validité de l'adresse IP comme identifiant incontestable du contrevenant sur les réseaux avait que très peu d'importance au regard de la véritable raison d'être de tous ces dispositifs ?

Après avoir lu la phrase d'Éric Walter sur ses intentions de pédagogue, je commence à envisager la HADOPI différemment.

Schématisons le fonctionnement :

  1. Un intermédiaire technique récolte des adresses IP sur les réseaux P2P; fait de savoir si l'infraction est réelle ou pas importe peu, l'important, c'est le volume d'information récolté.
  2. La HADOPI a le pouvoir de transformer ces listes d'IP en liste d'adresses de courriels et d'adresses postales, informations successivement requises à la "progressivité de la riposte".
  3. Le nettoyage des fichiers (élimination des IP manifestement invalides ou inconnues) est fait par les FAI, au moment de l'enrichissement des listes du point 1 avec les coordonnées personnelles.
  4. Ainsi nettoyées et enrichies des coordonnées électroniques et postales d'internautes[2], les listes sont renvoyées à l'intermédiaire technique qui va pouvoir "promouvoir les offres légales sur Internet". en effet, faute de la publication de quelques décrets d'applications un peu techniques, l'aspect répressif est ... repoussé (Il y a fort à parier que l'aspect intimidation restera).
  5. L'intermédiaire technique peut même faire du zèle en ciblant le "message pédagogique" grâce à un rapprochement via l'adresse IP (là, elle peux effectivement servir) entre ces listes et les autres données qu'il a conservées[3] sur les goûts musicaux et cinématographiques de ses cibles marketing internautes contrevenants.

Si j'avais été chargé de constituer un fichier de clients potentiels correctement qualifié pour une campagne de mailing et de publicité papier, je ne m'y serais pas pris autrement.

Et si on poursuit le raisonnement, pourquoi ne pas imaginer que les messages envoyés aux internautes ne feront pas la promotion de cette fameuse Carte Musique, récemment présentée par notre Président, en orientant "judicieusement" le choix des consommateurs égarés et tentés par l'illégalité vers des plateformes légales, soigneusement sélectionnées.

Est-ce moi qui voit le mal partout ? Ai-je l'esprit aussi tordu que ça ? Ils n'auraient pas osé, quand même ? Si ?

Notes

[1] On ne doit plus dire "buzz", même si c'est de cela qu'il s'agit. Je veux bien faire des efforts pour préserver la langue française, mais je doute fort que ce ramdam là fasse du bruit.

[2] En effet, la seule chose dont on puisse être absolument sûr à ce stade, c'est que c'est une liste de personnes titulaires d'un abonnement à Internet, ce qu'on appelle communément un "Internaute".

[3] Allo ? la CNIL ? Avez vous pensé à l'usage détourné qui peut être fait des fichiers dont vous avez autorisé la conservation "pour permettre le constat de la récidive" ?

vendredi 30 avril 2010

Retour vers le futur du Net

Le site PCInpact se fait l'écho d'une tribune publiée par Jérémie Zimmermann sur le site de La Quadrature du Net destinée à attirer l'attention sur la nécessité que nous avons tous à défendre la neutralité d'Internet.

Il est vrai qu'elle semble bien menacée par de nombreux groupes de pression, défenseurs d'intérêts privés, Et de nouveaux risques viennent même maintenant de certains états (suivre le dossier ACTA) qu'on pourrait croire "aux ordres" tant leurs attitudes vont à l'encontre des intérêts de la majorité de leurs citoyens.

En attendant de pouvoir peut-être le rencontrer cet été aux onzièmes Rencontres Mondiales du Logiciel Libre, où doivent se tenir les Universités d'été de son association, certaines phrases de son billet ont ravivé en moi la mémoire d'un autre texte, vieux de plus de 15 ans.

Pour saisir de quoi je parle, je ne peux que vous encourager à lire le texte de Jérémie Zimmermann, et après avoir bien vibré aux accents révolutionnaires des deux derniers paragraphes, à enchainer sur la Déclaration d'indépendance du Cybermonde de John Perry Barlow.

Par delà le temps, les phrases de l'un font écho aux phrases de l'autre :

  • JZ : Nous – citoyens, utilisateurs – pouvons revendiquer les principes fondateurs d'Internet comme notre bien commun.
  • JPB : Nous créons un monde où tous peuvent entrer, sans privilège ni préjugé dicté par la race, le pouvoir économique, la puissance militaire ou le lieu de naissance.
  • JZ : En brisant les barrières d'accès, Internet brise également, en toute logique, le contrôle injustifié de l'information, de la culture et de la connaissance.
  • JPB : Nous créons un monde où chacun, où qu'il se trouve, peut exprimer ses idées, aussi singulières qu'elles puissent être, sans craindre d'être réduit au silence ou à une norme.
  • JZ : Les industries du divertissement, effrayées et désemparées, ne souhaitent pas s'adapter à cette nouvelle ère qui remet profondément en cause leurs modèles économiques actuels.
  • JPB : Vos notions juridiques de propriété, d'expression, d'identité, de mouvement et de contexte ne s'appliquent pas à nous. Elles se fondent sur la matière. Ici, il n'y a pas de matière.

J'ai trouvé le parallèle amusant ... et instructif. Et vous ?

dimanche 11 avril 2010

Extension 'Presentation Minimizer' pour OpenOffice.org en 64bits

Lors d'une récente conférence donnée par des bénévoles de l'ABUL à la médiathèque de Pessac, l'un d'eux[1], éminent contributeur au projet francophone OpenOffice.org, m'a fait découvrir trois extensions pour Impress, le module de présentation de la suite bureautique libre.

Deux d'entre elles savent collaborer pour produire un diaporama de photographies, en partant d'un ou plusieurs répertoires d'images, tout en optimisant la taille finale de la présentation.

  • Portable PhotoAlbum
    C'est celle qui fait le gros du travail en créant le Diaporama de base, se présentant sous la forme d'une présentation qu'il est toujours possible de retoucher (réordonner les images, insérer des effets de transition, etc.). Elle sous-traite à l'autre extension, si elle existe, les tâches d'optimisation des images.
  • Sun Presentation Minimizer
    C'est elle qui réalise l'optimisation par la réduction de la taille des images pour les adapter à la taille et à la définition d'une projection ou d'une impression, suivant les choix fait et mémorisés dans sa configuration. Elle peut également être utilisée pour réduire toute présentation en retirant les éléments superflus pour l'usage envisagé (comme les liens sources, les notes, etc.).

Hélas, mon portable est animé par une distribution 64 bits. Et l'extension Presentation Minimizer qui est proposée sur le site est en mode 32 bits, ce qui la rend incompatible :

Presentation Minimizer 32bits

Heureusement, quelques recherches m'ont amené dans une vraie caverne d'Ali Baba. Ce site propose des versions 64 bits natives pour certaines extensions d'OpenOffice.org, tant pour la version 3.1.1, celle qui est livrée de base avec mon Ubuntu 9.10 Karmic Koala, que pour la toute dernière version (OpenOffice.org 3.2) qui accompagnera la prochaine 10.04 LTS d'Ubuntu (ou que vous avez peut-être déjà installée depuis le site officiel).

Comme elles sont présentées sous la forme de containers RPM, il faut les ouvrir et en extraire le fichier .oxt qui est l'extension elle même. Si vous ne voulez pas en passer par là, voici une copie de cette extension :

La troisième extension, fort intéressante dans un cadre professionnel ou pour un conférencier, est Presenter Console. Elle permet sur les PC (souvent des portables comme ma dernière acquisition) disposant d'une sortie vidéo double et différenciée (écrans local + vidéo-projecteur), d'avoir sur la vue locale une interface améliorée, avec diapo suivante, chronomètre, notes, etc.

Elle aussi est disponible en version 64 bits sur le site signalé ci-dessus, toujours au format RPM; je vous en propose donc une copie en .oxt ici :

Merci à ceux qui ont œuvré pour produire ces composants.

Notes

[1] Il s'agit de Gilles BIGNEBAT, également co-auteur d'un livre faisant référence sur l'utilisation d'OpenOffice.org et dont les droits d'auteur sont intégralement reversés au projet OOo.

vendredi 26 mars 2010

Renouvellement de matériel; le rapport

Je me suis enfin décidé à renouveler l'antique Médion 17" qui m'a fidèlement accompagné pendant de nombreuses années :

Medion 17"

D'abord pour des raisons de poids (lui, 3,5 Kg, son chargeur de plus de 800 gr, quelques stylo et un cahier, ça donne une sacoche de plus de 5 Kg), puis d'autonomie (le pauvre avait du mal à tenir 50 minutes sans réclamer son chargeur), de chauffe (la paume de ma main gauche ne pouvait plus se poser) et de fissures (les charnières de l'écran menacent de céder, des craquelures sont visibles dans l'aluminium).

Il va donc finir sa vie accompagné d'un clavier et d'une souris, en poste d'appoint semi-fixe, rôle que son écran (17", 1440x900) et sa puissance (AMD 64 et 2 Go de RAM) lui permettent de tenir très honorablement. Et si j'envisage ce recyclage avec autant de sérénité, c'est que le remplaçant que je lui ai choisi comble toute mes attentes.

Changement radical de catégorie, le remplaçant est un ACER 1810 TZ d'un rouge du plus bel effet, tel que celui-ci :

ACER 1810 TZ

Les raisons qui m'ont guidé dans mon choix sont banalement tirées de l'expérience acquise avec son prédécesseur; je recherchais donc :

  • une grande légèreté, quitte à la payer par une taille d'écran plus modeste,
  • une autonomie suffisante pour travailler durant un voyage (au moins 4 heures),
  • une parfaite compatibilité avec Linux, si possible sans efforts,
  • une puissance suffisante pour un usage professionnel.

Et, bien sûr, le plus petit prix possible; mes exigences étant bien plus élevées que mes moyens.

La phase de recherche, qui à durée près de deux mois, à surfer sur les comparateurs de prix et les sites de tests n'a pas grand intérêt. Au final, le choix d'ACER s'est imposé pour 2 raisons : sa série "Timeline" et son autonomie record, sans concurrence sur son créneau de prix (ça viendra surement), et la possibilité de se faire rembourser la licence Windows dont je n'ai que faire.

La dernière hésitation s'est jouée entre le 3410 et le 1810. N'ayant que faire du lecteur/graveur DVD du 3410, j'ai profité d'une affaire sur une version du 1810 équipée de 4Go de RAM (le 3410 était le plus souvent livré avec seulement 3 Go) pour basculer en sa faveur.

Tout a ensuite été très vite :

  • 24 février : Commande à CDiscount par internet, demande de livraison au magasin du Bouscat[1].
  • 26 février :
    • Courriel m'indiquant que le colis est arrivé au magasin, je passe le récupérer.
    • Coup de téléphone à ACER pour avoir un numéro de dossier,
    • Imprimer le dossier de demande de remboursement,
    • Le remplir avec les informations demandées (dont le N° de série),
    • Scanner et renvoyer par courriel tous les papiers demandés,
    • Remballer dans le carton d'origine le portable sans aucun accessoire,
    • Attendre le mail promis avec l'étiquette Chronopost pour renvoyer le portable.
  • 27 février : c'est samedi, rien.
  • 28 février : c'est dimanche, moins que rien.
  • 1er mars : Coup de téléphone à ACER pour savoir où en est l'envoi de l'étiquette.
    • Le service qui gère les retour n'est pas celui avec lequel j'ai eu des échanges de courriel, ils n'avaient pas mon adresse électronique (sic !)
    • Je donne mon adresse de courriel, étiquette reçue dans la minute.
    • Imprimer, découper, coller et porter le colis à Chronopost.
  • 2 mars :
    • Le suivi Chronopost m'indique que le portable est arrivé à Angers
    • Courriel d'ACER m'informant que le colis est bien arrivé dans leurs services
  • 3 mars :
    • Courriel d'ACER m'informant que mon portable "est désormais réparé" et prêt à repartir
    • Courriel de Chronopost m'informant de l'arrivée prochaine d'un colis en provenance de ... PACKARD BELL FRANCE

Le portable ACER revient de chez PACKARD BELL FRANCE

C'est donc le lendemain 4 mars à 9h30, que son périple achevé, mon nouveau PC portable est de retour chez moi, son disque dur vidé, l'étiquette de la licence Windows rapidement décollée (il reste des bouts de colle) mais le sticker indiquant qu'il est motorisé avec Windows 7 toujours présent. Comme je retire systématiquement tous ces stickers qui n'ont aucune utilité, il est éliminé avec les autres.

Pour le coup[2], et malgré le fait qu'il faille renvoyer la machine, ce qui est toujours un peu frustrant, je ne peux que saluer la rapidité de la procédure, si ce n'est sa simplicité.

Deux heures après son retour à la maison, il est fièrement en train de me demander mon mot de passe pour ouvrir ma session Gnome sur une Ubuntu Karmic Koala fraichement installée et mise à jour.

Le reste de la journée à été consacré, je l'avoue, à m'approprier mon nouvel ami; installer certains programmes qui ne font pas partie de la dotation de départ (Inkscape, Virtualbox, geany, etc.), modifier le thème par défaut pour supprimer ces stupides coins ronds et retrouver le thème Crux que j'affectionne ... mais dont je change la couleur pour un beau marron sombre, changer les configurations par défaut de tous les programmes que j'utilise ...
Bref, je n'ai fini que le lendemain de le mettre à ma main, un peu comme on brise des souliers neufs, pour y retrouver mes habitudes, ces réflexes qui font d'un ordinateur le prolongement performant de la pensée, bien plus qu'un simple outil maladroitement manipulé[3].

Après 4 semaines passées en sa compagnie au travail, en déplacement, dans les transports, à faire des présentations; je n'ai eu que des bonnes surprises :

  • L'autonomie, entre 4 heures 30 (avec wifi) et 6 heures (sans), je suis bluffé; et c'est très pratique.
  • Tout ce que j'ai testé fonctionne "out of the box"; le son, la webcam, la veille en fermant le portable, l'hibernation.
  • La gestion du double écran en sortie VGA externe, en multi-modes (clonage ou définitions différentes).

Pour un prix de 460 € ramené à 420 € en tenant compte du remboursement de Windows (40 € pour une licence Windows 7 Home Premium), c'est un appareil que je conseillerais bien volontiers si j'avais une meilleure visibilité sur sa qualité matérielle.

Je verrais bien à l'usage s'il est aussi fidèle que son prédécesseur.

Édition du 02/04/2010 : A peine un mois après le retour du PC, c'est un courrier, daté du 30 mars, et accompagné d'un chèque de 40 € qui me parvient, mettant un point final à cette opération.

Chèque de Remboursement de Windows, ACER

Le fait que ce soit un chèque manuscrit montre que trop peu de gens ont recours à cette procédure, même ceux qui y réinstalleraient la version de Windows dont ils disposent déjà, par le biais leur employeur, leur école ou leur université.
Force est pourtant de reconnaitre que la procédure mise en place par ACER est réellement opérationnelle, et qu'elle est mise en application sans mauvaise foi ni obstruction excessive.

À ceux qui seraient tentés de m'imiter, je conseille toutefois d'attendre un peu la sortie du ACER 1830 Timeline X, son successeur, qui promet un surcroit de performance, et qui sera probablement bientôt vendu à un prix similaire.

Notes

[1] Habitant Bordeaux, c'est plus pratique, moins couteux et moins aléatoire que de se faire livrer.

[2] J'ai encore un petit détail à régler avec ACER, qui va surement prendre beaucoup de temps; je souhaite upgrader mon BIOS, mais le programme de mise à jour ne fonctionne que sous Windows ...

[3] Bizarrement, j'ai constaté que je ne supporte quasiment jamais les configurations par défaut des programmes. J'ai déjà indiqué que j'ajoute à Firefox quelques extensions sans lesquelles il n'est pas plus supportable à mes yeux que son adversaire, mais je suis le premier étonné de voir que la plupart des personnes que je côtoie ont toujours dans leur traitement de texte le Times comme police par défaut, l'alignement à gauche des paragraphes standards, habitude anglo-saxonne, et moult petits détails qui peuvent se régler une fois pour toute, mais qu'ils préfèrent retoucher à chaque fois (quand ils le font !), les acceptant quasiment comme des contraintes inévitables, avec résignation. Au lieu d'imposer leur façon de voir le monde à la machine, ils se sont laissé imposer celle que le concepteur du système y avait placé, ils s'y sont adaptés, se laissant réduire à la vision d'un autre, comme s'il n'avaient pas de personnalité originale. Ils peuvent se glisser dans les chaussures d'un autre; moi, j'ai des ampoules au bout de dix pas ! Mieux que des pantoufles, mon PC doit m'aller comme une seconde peau.

vendredi 5 mars 2010

Pour faire un bon ordre, il faut un bon désordre !

Ainsi se justifiait ma grand-mère quand je lui demandais pourquoi elle venait de vider tout le contenu de son armoire sur son lit, son fauteuil, sa chaise, partout ! transformant sa chambre en véritable brocante.

C'est cette image qui m'est revenue à l'esprit lors d'une discussion sur la "bonne façon" de gérer ce courrier électronique qui devient de plus en plus envahissant. Je ne peux réellement juger que sur mon cas personnel, mais il est vrai que, si je l'imprimais[1], la masse de courriels que je reçois représenterait une quantité de papier bien supérieure à la quantité de publicité, pourtant non négligeable, qui encombre ma boite aux lettres. Et la tentation est grande de céder à cette boulimie de mémoire énorme que suscite la dématérialisation de ces informations. En démultipliant nos propres capacités mémorielles, cet "amplificateur de souvenir échangés" agit comme un levier intellectuel : il augmente notre sentiment de puissance.

Pourtant, bien des choses qui, si elles avaient eu la forme de pages imprimées, auraient finit dans les déchets (recyclables, bien sur), se retrouvent à encombrer nos boites au lettres électroniques. Pourquoi rechigne-t-on à recycler ces électrons que sont les informations numériques ? Je n'ai pas la réponse, et je dois bien avouer que je suis atteint de cette même manie : j'archive !

Seulement, la conséquence est une obésité croissante des moyens de stockage de ces informations; ce qui se traduit par un ralentissement progressif des outils qui les gèrent.

Certes, les techniques de stockage et les performances des machines s'améliorent; mais au delà de l'aspect technique se pose un problème de fonctionnement mental de l'utilisateur et de sa capacité à gérer une mémoire virtuelle supérieure à sa mémoire réelle. Et là, deux écoles s'affrontent :

  • Les tenants du classement, dignes fils spirituels de Linné[2], ayant pour devise la phrase : "Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place",
  • Les adeptes de l'étiquetage, préférant prévoir dès le départ les moyens de gérer une certaine dose d'imprévu, sans pour autant se laisser envahir par la pagaille.

Le classement impose une organisation "a priori", qui se retrouvera forcément imparfaite avec le temps, car bien malin est celui qui est capable de définir à l'instant T une structure qui restera valable à T+N.

A moins de disposer des talents d'un devin, on abouti en général soit à une structure arborescente immense, foisonnante et pour finir, ingérable, même pour son auteur, soit à des divisions moins nombreuses mais moins discriminantes, ce qui provoque une perte de temps immense dans des recherches devenues nécessaires; l'objet attendu se trouvant presque systématiquement là où on ne s'attend pas à le trouver.

J'ai souvenir d'avoir vu de mes yeux une personne atteinte d'Outlookite aigüe, devoir déplier poussivement une arborescence de plus de 200 dossiers pour retrouver quelque chose. Et il n'y arrivait jamais du premier coup parce que son classement qui paraissait évident et logique dans le contexte du moment d'arrivée n'offrait jamais le bon critère dans le contexte du moment de la recherche.

A contrario, l'étiquetage d'un immense vrac (les anglophones parlent de "tagging") libère du carcan de l'organisation préalable au profit d'une sorte de rangement opportuniste. Les tags procurent un classement virtuel souple (un objet ayant plusieurs étiquettes) qui n'existe pas avant qu'on s'en serve.

Avant que Gmail ne donne à ce concept une maturité et une diffusion large; seuls quelques clients de courriels étaient conçu pour cette forme d'utilisation (celui que j'utilisais à l'époque était TheBat ! Hé oui, c'était sous Windows).

Couplé à un outil de recherche performant, l'étiquetage permet de limiter les efforts d'organisation au maximum.

Les tenants du classement peuvent aussi avoir un outil de recherche performant, mais alors pourquoi perdre autant de temps à ranger si, au final, la recherche devient le seul moyen d'accéder à sa mémoire ? Car le pire, c'est que ceux qui ont pris conscience des failles de leur propre système de classement effectuent systématiquement une recherche "au cas où ce serait mal rangé" !

Pour ma part, j'utilise la méthode que j'appelle "principe du bureau encombré"; j'explique.

J'ai une boite de réception unique dans laquelle tout arrive (hormis le spam). Un premier jeu de filtres permet de pré-étiqueter certains messages en fonction de l'adresse sur laquelle ils ont été reçus (pro, privé, asso, etc.) ou de certaines caractéristiques de l'émetteur (banque, organismes, etc.). La seule et unique contrainte de cette méthode est de ne pas dépasser un certain nombre de messages dans sa boite de réception, arbitrairement fixé (50 chez moi), il correspond au nombre de "papier" que vous laissez trainer sur votre bureau en vous disant : "Il faut que je réponde." ou "Je dois traiter cette affaire." c'est à dire que la suite sera de donner un coup de fil, de prendre un rendez vous, de préparer quelque chose, que sais-je.

Tous les messages reçus ne rentrent pas dans cette catégorie, loin de là. Et même pour ceux qui nécessitent une action, elle est parfois très rapidement réalisée; bloquer un créneau sur son agenda et répondre qu'on l'a fait, ou transmettre un dossier qu'on a sous la main, voila comment dégonfler rapidement le flux des messages. Et le fait d'avoir effectué l'action requise, qui se limite souvent à la simple lecture du message, permet d'effectuer immédiatement l'un des deux seuls classements que cette méthode impose :

  • Classement vertical (comprenez, mise à la corbeille)
  • Classement horizontal (renvoi dans le grand vrac des archives, éventuellement revêtu de quelques étiquettes supplémentaires)

Que reste-t-il dans la boite de réception ? Pour les messages qui vont nécessiter un traitement de longue durée : mettre l'étiquette "A faire", éventuellement l'étiquette "Urgent", et zou ! Classement horizontal.

Je n'ouvre le dossier virtuel "A faire" que lorsque j'ai du temps. Et, quand je décide de traiter un message, j'explore les autres dossier virtuels qui découlent de ses étiquettes. Il n'est pas rare que la bonne action à entreprendre, qui n'était pas évidente au moment où le message est arrivé, soit devenue plus facilement définissable une fois le message placé au milieu des autres évènements relatifs au même contexte.

Et pour ceux qui craignent de voir s'endormir sous la poussière virtuelle des messages non traités, qu'ils se rassurent. Un mail inquiet de relance fera revenir tout le fil de discussion dans la boite de réception. Et quelque chose dont on jugeait qu'une action devait suivre au moment de la réception, mais qui s'en était très bien passé depuis des semaines doit être traitée sans attendre (s'il n'est pas déjà trop tard) et restera donc dans la boite de réception. Sinon, elle peut bien continuer à se passer de traitement ... définitivement (traduisez : "Fin de l'affaire par Classement vertical").

Je vous laisse à méditer une phrase aux relents militaires qui dit : "Il faut toujours attendre le contrordre avant d'exécuter un ordre, ça permet d'éviter le désordre."

Notes

[1] Comment ça ; "Certains le font !" ?

[2] Carl von Linné est connu pour avoir mis de l'ordre dans le foisonnement des espèces vivantes avec son ouvrage "Systema Naturæ" instaurant la nomenclature binominale.

mercredi 10 février 2010

Clonage de machine virtuelle

Récemment, à l'occasion d'une Install Party organisée à Bordeaux par l'ABUL, j'ai tenté d'aider le possesseur d'un MacBook à y installer une distribution Linux (Ubuntu Karmic Koala pour ne pas la nommer) sous la forme d'un machine virtuelle.

Lui même avait déjà essayé sans succès sur la base d'un Parallels Desktop[1] à la légalité douteuse et d'un CD-ROM un peu rétif, sans qu'il sache s'il s'agissait d'une mauvaise gravure ou d'un lecteur défaillant.

Après lui avoir fait comprendre tout l'intérêt qu'il avait à installer Virtualbox sur sa machine, l'avoir aidé à le faire (c'est tellement simple !), me voilà en train de faire une formation éclair à son utilisation sur un cas pratique : installer sa version d'Ubuntu dans une machine virtuelle. Hélas ! Après deux blocages successifs sur 2 CD-ROM différents, force est de constater que c'est probablement son lecteur qui défaille.

A ce stade, l'idée de prendre une machine virtuelle sur un autre PC et de la transférer sur le MAC en passant par une clé USB à germé dans nos esprits; mais deux problèmes se posent :

  • Les machines virtuelles que j'ai sur mon PC portable ont un certain vécu et ne sont pas "propres" (et elle contiennent en plus des données personnelles),
  • Les MAC n'ont pas un clavier "normal", et la distribution doit être installée en tenant compte de ce particularisme (même s'il est certainement possible de modifier le clavier après coup).

Il fallait donc créer une machine virtuelle neuve, y faire l'installation "comme si c'était sur MAC" avant de passer à la phase de transfert entre les deux machines.

Pendant les 20 à 30 minutes que dure cette opération, la discussion sur les bienfaits de la virtualisation se poursuit et, après avoir montré à quoi se résumait une machine virtuelle sur son hôte (un fichier XML pour la décrire et un conteneur VDI pour la stocker), cette personne me dit : "Alors, quand ce sera fini, il faudra juste copier ces fichiers sur mon MAC, et c'est tout ?".

J'ai failli répondre "Oui", ce qui dans le cas d'une machine virtuelle neuve entre deux hôtes qui ne se croiseront jamais sur le même réseau aurait été possible; mais pourquoi faire sans finesse ce qui peut être accompli avec élégance ?

J'ai alors expliqué que, par cette méthode, les machines virtuelles d'un certain age, qui ont pris de l'embonpoint dû à leur vécu et dépassent souvent quelques giga-octets, ne pourraient être aisément déplacées à l'aide d'une simple clé USB. Virtualbox propose des fonctions d'exportation et d'importation des machines virtuelles (bizarrement appelées "applications") dévolues à cet usage. On y accède depuis le menu principal.

Menu Import Export

Donc, Une fois sa machine virtuelle créée, je lance l'assistant d'exportation, la sélectionne, passe l'écran des paramètres en laissant les valeurs par défaut et valide le nom et l'emplacement proposé pour y stocker le résultat de l'exportation. Une barre de progression commence sa marche et quelques minutes après, nous nous trouvons face à trois fichiers :

  • un gros fichier suffixé '.vmdk' qui contient l'image de la machine virtuelle, compressée,
  • un fichier suffixé '.ovf' qui contient la description portable de la machine virtuelle[2],
  • un fichier suffixé '.mf' qui ne contient que la somme de contrôle des deux autres.

Et là où on constate immédiatement l'effet positif de cette exportation, c'est dans le gain de taille (d'un facteur 3) entre le fichier '.vdi' et le '.vmdk'.

Il ne reste plus qu'à transférer les trois fichiers vers le MAC et à procéder à l'importation, opération aussi simple que la précédente. Il suffit de désigner le fichier '.ovf' pour que les caractéristiques de la machine à importer soient prise en compte.

On peut à cette occasion modifier un certain nombre de paramètres relatif à la machine virtuelle, comme la taille de la mémoire dont elle disposera, ou son nom.

A noter, et c'est là le deuxième avantage qu'il y a à procéder de cette façon, que c'est cela permet de la cloner (c'est à dire, la réimporter sur la même machine que celle où elle a été créée), ce qui serait délicat par une simple copie de fichier. En effet, lors de l'importation, un nouveau disque, avec un nouvel UUID, est créé par Virtualbox; de même qu'une nouvelle adresse MAC est affectée à chaque carte réseau de la machine importée. Elle peut ainsi cohabiter[3] avec celle dont elle est issue.

Attention tout de même, il est impératif que lors de son exportation, l'adresse IP de la machine virtuelle ne soit pas fixe mais obtenue par son client DHCP. C'est rarement le cas des installations de type "poste de travail", mais c'est quelque chose à ne pas oublier si l'on veut se fabriquer une "appliance" de type "serveur LAMP" pour y tester des logiciels comme des CRM, des ERP ou d'autres.

L'anecdote se termine par un utilisateur satisfait d'avoir sur sa machine une Ubuntu toute neuve avec qui faire connaissance; qui sait s'il n'y viendra pas définitivement dans quelques temps ...

Notes

[1] Loin de moi l'idée de jeter la pierre à quiconque, mais force est de constater que l'un des avantages rarement relevé des logiciels libres est de ne pas pousser les utilisateurs dans l'illégalité. Parallels Desktop est probablement un bon produit, mais son prix le réserve à ceux qui savent qu'ils en ont l'usage, pas aux curieux dilettantes qui veulent juste comprendre ce qu'est la virtualisation et à quoi elle pourrait bien leur servir.

[2] Le suffixe '.ovf' signifie Open Virtualization Format et définit un format d'échange et de stockage de machines virtuelles (d'appliances) rassemblant entre autres VMWare, Citrix, IBM et Sun (Virtualbox) permettant un certain niveau d'interopérabilité entre les solutions des divers éditeurs.

[3] Attention, selon l'OS installé dans la machine virtuelle, le nombre d'instances pouvant être installées et lancées simultanément peut être sujet à des limitations.

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