Humeur

Parce qu'il est bon parfois de se lâcher, ces billets traduisent une réaction d'humeur; en général, mauvaise.

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mardi 13 octobre 2009

RMS sera-t-il Prix Nobel d'économie un jour ?

Richard Matthew STALLMAN, affectueusement surnommé RMS par tous ceux qui voient en lui, au delà de la paternité de la licence GPL, l'un des pères fondateurs d'une certaine éthique de la collaboration, est sans conteste un personnage connu.
Très connu, même.
Bien plus, au moins dans un certain grand public dont je fais partie, que les lauréats successifs de l'illustre récompense que constitue le Prix Nobel d'économie.

Car s'il est vrai que, si suivant son niveau d'intérêt sur les divers domaines de la science ou des arts, on connait parfois les lauréats des Prix Nobel de chimie ou de physique, on essaie de comprendre les implications que peut avoir dans le quotidien le Prix Nobel de médecine et on a l'attention attirée sur l'œuvre de celui qui décroche la timbale en littérature, il faut bien admettre qu'il faut être de la partie pour avoir son lecteur RSS branché sur les blogs de ces grands méconnus du commun des mortels que sont les économistes que le jury Nobel désigne annuellement.

Et encore, au vu des récents déboires de l'édifice économico-financier conçu par leurs prédécesseurs pas si lointains, il faut bien admettre que les économistes ont acquit une réalité et une substance qui n'est pas étrangère à leur soudaine prolifération de l'an dernier sur les plateaux de télévision où ils venaient l'un après l'autre, suivant leurs obédiences et leurs convictions, expliquer que le système était parfait et n'avait aucun problème, mais qu'il fallait quand même remettre de l'argent là où on avait déjà mis toutes nos économies parce qu'elles n'y était plus, même si personne ne les avait volées[1].

Cette année, le jury Nobel à fait montre d'un peu de parité tardive en désignant une femme, Elinor Ostrom[2]. Mais s'il y a quelque chose d'un peu surprenant dans cette désignation, ce n'est pas le sexe de l'élue.

La raison invoquée pour cette désignation est qu'elle a "démontré comment les biens communs sont efficacement gérées par des associations d'usagers[3]" (traduction libre).

En général, quand les mots "biens communs" et "associations" franchissent les lèvres d'un économiste, c'est accompagné d'un rictus de dédain (pour le moins), jamais pour en faire l'éloge.

Jamais ? Voire ! Après Paul Krugman l'année dernière, et Joseph Stiglitz 7 ans plus tôt, c'est la troisième fois qu'un "Nobelisé" reconnait le bien fondé et l'effet économiquement positif[4] des circuits alternatifs de production et de distribution intégrant de manière innovante la grande vague de numérisation globale qui atteint toutes les informations et toutes les connaissances humaines, art inclus.

Et là, c'est spécifiquement pour avoir montré l'aspect positif de ce modèle co-productif et co-dirigé que connaissent bien les participants du mouvement Open Source, rompus à la collaboration, que cette éminente personne s'est vue récompensée.

Si ces thèses, hier hérétiques et aujourd'hui encensées, deviennent de plus en plus crédibles; alors RMS aura son Nobel ! Ce n'est qu'une question de temps !

Sources :

Numerama
Le Monde

Notes

[1] Ça ne vous parait pas clair ? C'est pourtant la meilleure synthèse, au sens raccourci dans le temps, que je puisse proposer, des près de six mois de doctes discours de distingués économistes pas toujours bien répétés par quelques journalistes présentateurs ou hommes politiques désignés d'office pour endormir rassurer les masses. Et il faudrait que Mme Michu arrive à suivre ...

[2] Elinor Ostrom partage ce prix avec un autre économiste, Oliver Williamson.

[3] Elinor Ostrom has demonstrated how common property can be successfully managed by user associations (source)

[4] Le mot "enrichissement" ne fait pas vraiment partie du vocabulaire de ces professionnels, mais c'est bien de ça qu'il est question. Une autre terminologie politiquement correcte est de faire l'éloge de la capacité des modèles économiques alternatifs à être générateur de valeur.

mardi 22 septembre 2009

Jaune + Rouge = Orange

On voit un peu partout des billets pour s'élever contre le message tendancieux de la dernière publicité d'Orange qui tendrait à faire penser qu'il existe un Internet de monsieur tout le monde, et celui de l'abonné Orange, dont on suggère, sans plus de précisions, qu'il peut être meilleur ou pour le moins, différent.

Je suis d'accord avec ceux qui trouvent très discutable d'instiller cette idée, qui n'est autre que l'affirmation qu'il est possible qu'il existe une version privatisée du réseau des réseaux, et de sous-entendre qu'elle serait mieux, alors que ce contenu privé n'est que l'arbre qui veut faire oublier l'immense foret d'Internet.

Je ne reviendrais pas sur les discussions, argumentées ou pas, sur le lien entre cette campagne et un travail de sape dirigé contre la neutralité des réseaux. Non, à mon sens, le plus inquiétant est ailleurs. Il s'avance discrètement, masqué, et, comme le Diable, revêtu des meilleures intentions. J'illustre mon propos par deux liens :

Je peux comprendre que la présence de publicité autour des contenus puisse paraitre choquante pour certains contributeurs de l'Encyclopédie Libre, mais il me semble que la licence de Wikipédia permet ce genre de mashup; mieux vaut donc en rire ... même s'il faut pour cela rire jaune.

Non, ce n'est pas ça qui m'a fait voir rouge, c'est en premier lieu que, dans sa version Orange, il n'est plus possible de participer à l'amélioration du contenu. Cette possibilité n'est même pas mentionnée, tendant à promouvoir une forme très Minitel 2.0 d'Internet, qui cantonne l'utilisateur dans un rôle passif.

Cerise sur le gâteau, au cas où certains voudraient en savoir plus, la réponse pour le moins ciblée du moteur de recherche maison sur le terme "wikipedia" lui même s'empressera de les ramener dans l'enclos.
La voici :
Wikipedia et Orange

Comme on dit : "La boucle est bouclée". Après l'affaire des DNS menteurs de SFR, voilà encore une écorchure dans l'irréprochable neutralité d'un autre grand opérateur.

Orange, après m'avoir fait rire jaune, est en train de me faire voir rouge.

lundi 31 août 2009

Puis-je vous parler librement ?

Alors que je viens juste de finir de regarder les vidéos de l'intervention de Thierry STOEHR[1] aux récentes Rencontres Mondiales du Logiciel Libre[2] sur un sujet qu'il connait bien, les formats, avec encore en mémoire les interventions de Benjamin BAYART[3] sur la confidentialité ou lors de la table ronde politique que mon agrégateur de nouvelles m'avertit de ça :
Un cheval de Troie met Skype sur écoute.

Une phrase de l'article résume brutalement, mais parfaitement la situation :

[Un] cheval de Troie [...] qui peut intercepter, enregistrer en MP3 puis transmettre à un serveur distant des conversations issues de Skype.

L'auteur précise qu'il faut qu'au préalable le PC de la victime soit infecté par un malware. La belle affaire !

Si le pourcentage de machines sous Windows[4] qui seraient infectées par un malware est difficile à connaitre avec certitude, il est loin d'être nul, voire négligeable, comme souhaiterait le faire croire l'éditeur de l'OS. Suivant l'éditeur de solution de sécurité à qui on demande un avis, tout en restant flou dans ses chiffres, ce pourcentage devient significatif, voire inquiétant.

On peut penser que ça n'arrive qu'aux autres. Mais justement, dans le cas d'une communication par Skype, même si vous n'êtes pas infecté, qui vous prouve que votre correspondant ne l'est pas ?

Cette mésaventure est l'illustration parfaite des risques encourus en cumulant la fragilité d'une plateforme propriétaire à l'opacité d'un format fermé.

Heureusement, il ne s'agit pour le moment que d'un PoC (Proof of Concept, ou démonstration de faisabilité) que l'on doit à un programmeur suisse, œuvrant pour la société ERA IT Solutions. Il vient de publier le code pour que les failles exploitées puissent être colmatées par les éditeurs, et probablement pour se faire une certaine notoriété au passage.

Peut-être que l'avertissement sera entendu et convertira de nouvelles personnes aux logiciels libre et aux formats ouverts, décidément de plus en plus indissociable de Liberté tout court

SOURCES
ZDNet

Notes

[1] Thierry STOEHR est le webmaster du site Format-Ouvert.org dont j'ai brièvement parlé à l'occasion de son entrée dans mes saines lectures.

[2] J'en profite pour vous inciter à aller vous aussi regarder les vidéos des différentes conférences qui ont été données à l'occasion des 10° RMLL de Nantes. C'est >par ici<, c'est varié et de haute tenue. Pour tous ceux qui n'ont pu s'y rendre ou veulent revenir sur certains sujets.

[3] Benjamin BAYART est la personne qui ne se cache pas derrière FDN (French Data Network), à la fois association et fournisseur d'accès à internet qui se veut au service de ses adhérents/clients pour leur offrir un accès indépendant et transparent.

[4] Est-il besoin de préciser que seuls les PC animés par l'OS de Microsoft sont concernés ? D'ailleurs, en analysant la technique utilisée, on se rend compte que la faille exploitée est liée aux API Windows mises en œuvre pour les flux audio. Il est fort probable que cette faille puisse être exploitée avec d'autres logiciels de VoIP.

mercredi 26 août 2009

La main passe

Les arcanes du marketing et les excès auquel cela peut parfois amener m'amusent souvent et m'irritent parfois; et là, j'ai sursauté.

La localisation des campagnes publicitaires est un phénomène connu, maintes fois observé, et qui est le plus souvent justifié. En général, cela permet de mieux coller aux codes culturels d'un pays.
Il n'y a pas que le texte qui ne doit pas être traduit littéralement, "mot à mot", au risque de produire des contre-sens cocasses ou contre productifs. Les visuels sont souvent porteur d'un message au moins aussi important que les mots. Leur adaptation est simplement une forme de traduction

Le plus souvent, les personnages qui apparaissent sont soigneusement sélectionnés pour permettre une identification positive, en renvoyant une image flatteuse dans laquelle la cible peut se projeter. C'est ce qui semble avoir été voulu sur cette publicité :

Publicité Microsoft version US

Le choix des figurants m'inspire dynamisme, joie, diversité, parité; rien que des valeurs que je juge positives.

Mais il faut croire que la diversité ne fait pas partie des valeurs jugées assez positives pour être mises en avant en Pologne. La version localisée ayant été grossièrement[1] retouchée pour remplacer le figurant afro-américain par un autre dont les probables origines slaves doivent davantage parler à la cible visée.

Publicité Microsoft version Polonaise

N'était-il pas suffisant d'avoir une figurante assez neutre pour sembler européenne ? Serait-ce un relent de sexisme ?
S'il fallait vraiment insérer un personnage couleur locale, pourquoi ne pas avoir remplacé le sino-américain ? L'Asie est un partenaire plus important que l'Afrique ?

Voir la représentation nationale d'une entreprise de ce niveau amenée à faire un tel choix marketing n'est pas rassurant sur le niveau d'acceptation de la diversité qui règne dans leur pays.

Et c'est bien triste pour un pays de l'Union Européenne.

Source : CNET

Notes

[1] La main du figurant original est restée "genuine" (authentique), d'où le titre du billet.

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