jeudi 17 septembre 2009

Générativité, une vision darwiniste du web ?

Ce n'est pas la première fois qu'un des billets de Tristan NITOT, sur le Standblog, traite de générativité[1]. Dans le dernier en date, où elle est rebaptisée[2] bidouillabilité, l'un des commentaires débute ainsi : "c'est bon pour l'évolution".

En le lisant, j'ai pris ce mot au sens que lui donne Darwin dans l'ouvrage qui fonda sa théorie de l'évolution des espèces. Et le parallèle m'a semblé assez frappant pour que je le livre ici.

La bidouillabilité d'une application est sa capacité à être transformée par ses utilisateurs, détournée de sa finalité première, assemblée à d'autres. Avec une quantité suffisante de temps et de bidouilleurs, on abouti à une profusion hasardeuse de résultats différents qui sont autant de réponses à des questions qui n'étaient même pas posées au départ. La variété ainsi engendrée, diffusée et partagée largement comme seul Internet le permet (encore) et confrontée à la réalité d'autres utilisateurs, subi de lourdes pertes pour ne sélectionner que les idées et les solutions qui, si elles sont aussi "bidouillables" que leurs génitrices[3], participeront au prochain bond en avant, et ainsi de suite.

Je ne m'étends pas davantage, la ressemblance avec la sélection naturelle est claire. C'est la survie du plus apte pour chaque environnement, saine méritocratie présente dans de nombreux domaines du Web.

Mais Darwin a de farouches opposants, les Créationnistes. Le tableau de la générativité entre en conflit avec cette sorte d'Intelligent Design que représente un logiciel fermé et propriétaire.

En effet, ce dernier procède bien d'un Dessein Intelligent, même si cette intelligence est généralement mercantile. Tel un organisme génétiquement modifié, il est stérilisé pour ne pas pouvoir être réutilisé, et protégé par des brevets destinés à lui conserver sa valeur par l'organisation de sa rareté. Ses mutations ne laissent place à aucun hasard; au contraire, chacune des créations obtenue participe à grand plan (marketing ?) qui prévoit le rythme des versions comme autant d'appel de fonds, déjà budgétés et promis aux actionnaires.

Ces produits n'héritent que de la seule créativité de leurs auteurs qui, concurrence et réalisme économique oblige, font rarement preuve d'audace, préférant distiller lentement chaque variation pour se donner le temps d'en tirer le maximum de bénéfice. Le résultat ? Toutes les tomates font le même diamètre, toutes les voitures se ressemblent (pour un segment de marché donné), tous les téléphones portable sont devenus tactiles, et bientôt multi-touch. Lorsqu'elle ne se fait que contre un nombre limité d'adversaires, la lutte pour la survie se transforme en uniformisation.

J'ai choisi mon camp, je suis farouchement évolutionniste. Et vous, vos logiciels, vous les préférez comment ? Naturellement sélectionnés et bidouillables ou OGM et cadenassés ? C'est comme pour votre nourriture; pensez à votre santé à long terme !

Notes

[1] Ce néologisme est la traduction de l'anglais "hackability" dont Tristan donne une bonne définition dans ce billet.

[2] L'adoption pérenne d'un néologisme est en soi un bon exemple de bidouillabilité de la langue, plusieurs vocable apparaissent pour recouvrir une chose, un concept, une idée; la sélection fait le reste, un seul subsiste (et c'est rarement celui qui est choisi par l'Académie Française).

[3] On peut voir ici l'importance des licences virales comme la GPL qui permettent de s'assurer qu'une bonne mutation ou un bon gène ne finisse pas dans un enclos ou un tube à essai d'un laboratoire privé

dimanche 13 septembre 2009

Que va faire Free de sa licence ?

La quatrième licence 3G est officiellement à vendre, Free (iliad) est officiellement candidat à son acquisition et a promis, s'il l'obtient, de venir jouer les agitateurs dans un trio déjà condamné pour entente (sur le dos des consommateurs, évidement).

On voit donc fleurir un peu partout des articles sur ce que Free va faire de cette licence et sur le comment il pourrait se démarquer des concurrents déjà en place pour se faire la sienne. Les déclarations des uns et des autres font penser au jeu "Info ou Intox ?"; mais la virulence de certaines attaques qu'on dirait orchestrées[1] montre que le doute qui entoure cette possible arrivée sur le marché est générateur de craintes.

Que va faire Free de sa licence ? Proposer des forfaits téléphone (en durée), SMS (en nombre) et internet (en volume) similaires à ceux des autres opérateurs ? Passer des accords pour diffuser certains contenus (mais pas les autres) ? Il lui faudrait alors se battre uniquement sur le prix ou les contenus, ce ne serait pas la chose la plus simple.

Les techniciens de Free sont créatifs; ils l'ont prouvé en innovant régulièrement, et en entrainant derrière eux une concurrence condamnée, la aussi, à les suivre. Je suis persuadé qu'ils ont trouvé une idée pour changer un peu la règle du jeu et ainsi disposer d'un avantage au lieu de subir un handicap.

Qu'on se rappelle comment Free s'est fait sa place de FAI : en ne vendant, sous forme forfaitaire, qu'un simple raccordement illimité, en durée et en volume. un point, c'est tout. Le reste (téléphone, télévision, etc.) était offert peu à peu, sans supplément de prix, mais sans garantie; seul l'abonnement à Internet était facturé. Serait-il possible de réitérer le même coup en vendant un produit radicalement différent des autres ?

Et si Free se contentait de laisser ses clients définir les usages plutôt que de les leur imposer en jouant sur la neutralité du transporteur. Actuellement, la quasi totalité des smartphones savent faire du bluetooth et du WiFi en plus des bandes GSM. Ils peuvent aussi servir de clé 3G, même s'il faut parfois surmonter certains obstacles qu'on dirait volontairement mis en place. Ils pourraient alors être considérés avant tout, voire exclusivement, comme des objets mobiles d'accès à Internet, utilisant le moyen le plus économique pour être connecté de façon permanente : le Wifi de la Freebox du domicile, celui du réseau Freephonie ou du FreeWiFi, le réseau GSM de la quatrième licence n'intervenant qu'en dernier lieu.

Une fois connecté par l'un de ces réseaux, pourquoi changer la tarification des usages qui est celle liée au PC, fixe ou portable ? Avec lui aussi on peut téléphoner, regarder la télévision, l'enregistrer, etc. Et pourquoi interdire l'usage du mobile en tant que clé 3G quand seul ce réseau est disponible ?

J'ai dans l'idée que le FreeMobile sera un tactile (parce que c'est dans l'air du temps) tournant sous Android (parce qu'il sera moins couteux, y compris pour les logiciels maisons à installer dessus) capable de choisir le réseau le plus économique (pour Free) qui lui permette une connexion Internet illimitée. Une fois connecté, des applications mise à disposition pour la VOIP et d'autres usages passeront par les réseaux de Free.

Je prévois une sorte de mélange entre Skype et Google Voice qui profite de la même tarification que l'actuelle offre de téléphonie de Free; gratuit et illimité vers les fixes et plein de pays et même sur les portables aux USA et au Canada. Et entre deux FreeMobiles aussi : gratuit et illimité. Et le bouquet de chaînes TV aussi : gratuit et illimité (si vous êtres en WiFi). Tout ça pour un prix forfaitaire venant en plus de l'abonnement ADSL (ou FTTH pour les chanceux) et qui ne se rapporte qu'à la connexion du FreeMobile à Internet.

Voilà un modèle innovant, différent, qui change les règles du jeux et qui, pour cela, peux gagner. En attendant que la concurrence abandonne ses rentes et en vienne à fournir un service plus ou moins équivalent. Comme le nombre d'abonné non-dégroupés qui baisse régulièrement, parce qu'il est difficile de faire payer les communications à la durée quand on fait déjà payer la ligne, les gens qui achèteront des forfaits de temps de parole se feront rare, remplacés par ceux qui auront juste payé un forfait pour être connectés en mobilité et de façon permanente.

Il est possible que je fasse fausse route, que ce que j'attends comme produit pour moi ne soit pas un modèle économique viable. Mais je crois que l'occasion est trop belle pour eux d'innover encore une fois dans un domaine où rien n'a changé depuis trop longtemps. J'en ai rêvé, que Free le fasse !

Notes

[1] A tel point qu'on parle de campagne TSF : Tout Sauf Free

mercredi 9 septembre 2009

Trier le vrac pour trouver des perles

Au hasard des informations qui tombent dans mon agrégateur comme les dépêches sur un Télex de l'AFP[1], la lecture d'un billet de la catégorie "En vrac" venant du Standblog de Tristan NITOT fait toujours office de plat de résistance.

Le coté inventaire à la Prévert qui en justifie le titre forme le point de départ d'une promenade variée, où l'intérêt se mêle à la détente, et où les coups de sang côtoient les éclats de rires. Les liens y sont en général présentés d'une simple phrase, sans déflorer la teneur de la source, incitant plutôt à aller soi-même s'y plonger.

Dans le dernier "En vrac", j'ai donc trouvé l'information suivante :

C'est vraiment une seconde nature chez eux : Microsoft dénigre Linux pour mieux vendre Windows 7.

Quel énième coup bas l'arbitre a-t-il omis de siffler ?

Résumons.
L'information vient d'un employé de Best Buy (une chaine de magasins de distribution), qui à révélé le matériel pédagogique aimablement fournit par Microsoft pour aider à la formation de ceux qui auront à informer objectivement les clients potentiels sur son prochain système : Windows 7. Rien de répréhensible dans l'esprit; former des conseillers ne pouvant qu'améliorer la qualité de leurs conseils.
Hélas, la réalité découverte (et révélée) par ce vendeur est toute autre.

Avec une maitrise sans faille du FUD, Microsoft s'en prend à un ennemi qu'il désigne lui même : Linux.
Au gré des images écrans qu'on peux voir sur le blog de cet employé, j'ai ainsi appris, pèle-mêle :

  • que Linux n'est pas plus sûr que Windows (mais la faille critique dévoilée aujourd'hui sur Vista ne sera corrigée, au mieux, que dans un mois; c'est benêt),
  • que l'utilisateur de Linux est laissé sans aide ni tutoriels (les nombreuses communautés d'utilisateurs apprécieront ...),
  • que Windows 7 est compatible avec tous les périphériques comme les imprimantes, les APN, les webcam, etc. (ceux qui ont délaissé Vista pour ne pas tout devoir changer n'attendent que ça ... et croisent les doigts)

Bref, une splendide collection d'appeaux à trolls, à faire pâlir d'envie bien des chasseurs !

Il y a 4 siècles, le philosophe Francis BACON disait : "Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose." Cette citation, encadrée, doit orner l'un des murs du service marketing de Redmond.

Dans ce florilège d'âneries, la plus belle à mon goût reste l'argument de la "Same Great Experience". qui dit, en substance :

  • "Windows 7 c'est mieux, mais c'est toujours un Windows."

Autrement dit : "Vous devez changer de produit car on vous dis que c'est mieux, mais n'ayez pas peur, la nouvelle version vous rappellera l'ancienne".

Voilà qui ressemble furieusement à la justification économique du cycle des versions pour les produits propriétaires, moins déterminés par les besoins fonctionnels des utilisateurs que par les besoins de trésoreries de l'éditeur. Cette fuite en avant exclusivement marchande est d'ailleurs une aberration combattue par les défenseurs des logiciels libres, dont Tristan NITOT fait indubitablement partie.

Voilà, il était temps que l'actualité me donne un prétexte pour accueillir dignement le Standblog dans mes Saines Lectures; c'est chose faite.

Notes

[1] J'ai parfois de la peine à réaliser la vitesse à laquelle les choses changent. Quiconque se souvient d'un journal télévisé des années 90, il y a à peine 20 ans, a en mémoire la phrase : "Je reçois à l'instant un télex de l'AFP ...", avec le petit papier glissé plus ou moins discrètement au présentateur, "... qui dit, je cite, ..." et l'on découvre une information envoyée du bout du monde par un reporter et relayée, après vérification, par l'agence de presse. Le mot "Télex" est resté dans la langue, avec un sens proche de "télégramme", mais qui se rappelle de l'appareil qui porte ce nom et qui trône encore dans bien des salles de rédactions de par le monde ?

lundi 7 septembre 2009

Firefox, trop cher ...

"Firefox coûte trop cher."

Surpris ? C'est en tout cas le sens de la réponse[1] donnée par Hillary Clinton et Patrick Kennedy à un fonctionnaire récemment arrivé au Département d'État (DoS). Ce dernier faisait remarquer que Firefox était massivement utilisé dans son ancien service (le NGA) pour sa meilleure sécurité et s'étonnait de ne pas en disposer dans son nouveau poste.

Outre les applaudissements de soutien des autres fonctionnaires à cette suggestion, et les rires provoqués par la réponse, il reste que l'explication avancée tient la route : "Rien n'est jamais gratuit.". Le surcoût inhérent au déploiement et à l'administration d'un logiciel supplémentaire dans une organisation de la taille du Département d'État n'est pas nul, même si le logiciel en lui même n'a pas de coût de licence. Ce n'est pas la première fois qu'il faut rappeler cette réalité; oui, l'usage de l'Open Source à un coût non nul. C'est ailleurs et autrement qu'il se révèle économiquement rentable.

En ce qui me concerne, c'est une autre phrase prononcée par Hillary Clinton qui a attiré mon attention :

When the White House was putting together the stimulus package, we were able to get money that would be spent in the United States, which was the priority [...]

Elle rappelle que l'argent débloqué par la Maison Blanche pour la relance de l'économie devait, en priorité, être dépensé dans les États Unis.

Dans le cas des États Unis, les charges d'administration des systèmes aussi bien que les licences payées à Microsoft répondent toutes deux à cette contrainte. Il s'agit donc bien d'un surcoût, et aucune des deux dépenses n'étant plus politiquement correcte que l'autre, chercher à économiser sur l'un pour financer l'autre ne leur semble pas urgent.

Dans nos contrées, par contre, ce type de (sur)charges fait vivre l'économie locale et nationale, ce qui n'est pas le cas des licences. Rechercher, par l'usage de l'Open Source, à changer le bénéficiaire des coûts de fonctionnement des SI devrait être un objectif commun à toutes nos entreprises, avec l'État en première ligne, pour donner l'exemple.

Mais quand on voit le sort réservé au RGI, on peut craindre un grand manque de volonté sur ces questions.

Notes

[1] Ceux d'entre vous qui comprennent l'anglais peuvent retrouver la transcription de cet échange ici ou en voir la vidéo . C'est à 26'30 du début, et c'est savoureux.

lundi 31 août 2009

Puis-je vous parler librement ?

Alors que je viens juste de finir de regarder les vidéos de l'intervention de Thierry STOEHR[1] aux récentes Rencontres Mondiales du Logiciel Libre[2] sur un sujet qu'il connait bien, les formats, avec encore en mémoire les interventions de Benjamin BAYART[3] sur la confidentialité ou lors de la table ronde politique que mon agrégateur de nouvelles m'avertit de ça :
Un cheval de Troie met Skype sur écoute.

Une phrase de l'article résume brutalement, mais parfaitement la situation :

[Un] cheval de Troie [...] qui peut intercepter, enregistrer en MP3 puis transmettre à un serveur distant des conversations issues de Skype.

L'auteur précise qu'il faut qu'au préalable le PC de la victime soit infecté par un malware. La belle affaire !

Si le pourcentage de machines sous Windows[4] qui seraient infectées par un malware est difficile à connaitre avec certitude, il est loin d'être nul, voire négligeable, comme souhaiterait le faire croire l'éditeur de l'OS. Suivant l'éditeur de solution de sécurité à qui on demande un avis, tout en restant flou dans ses chiffres, ce pourcentage devient significatif, voire inquiétant.

On peut penser que ça n'arrive qu'aux autres. Mais justement, dans le cas d'une communication par Skype, même si vous n'êtes pas infecté, qui vous prouve que votre correspondant ne l'est pas ?

Cette mésaventure est l'illustration parfaite des risques encourus en cumulant la fragilité d'une plateforme propriétaire à l'opacité d'un format fermé.

Heureusement, il ne s'agit pour le moment que d'un PoC (Proof of Concept, ou démonstration de faisabilité) que l'on doit à un programmeur suisse, œuvrant pour la société ERA IT Solutions. Il vient de publier le code pour que les failles exploitées puissent être colmatées par les éditeurs, et probablement pour se faire une certaine notoriété au passage.

Peut-être que l'avertissement sera entendu et convertira de nouvelles personnes aux logiciels libre et aux formats ouverts, décidément de plus en plus indissociable de Liberté tout court

SOURCES
ZDNet

Notes

[1] Thierry STOEHR est le webmaster du site Format-Ouvert.org dont j'ai brièvement parlé à l'occasion de son entrée dans mes saines lectures.

[2] J'en profite pour vous inciter à aller vous aussi regarder les vidéos des différentes conférences qui ont été données à l'occasion des 10° RMLL de Nantes. C'est >par ici<, c'est varié et de haute tenue. Pour tous ceux qui n'ont pu s'y rendre ou veulent revenir sur certains sujets.

[3] Benjamin BAYART est la personne qui ne se cache pas derrière FDN (French Data Network), à la fois association et fournisseur d'accès à internet qui se veut au service de ses adhérents/clients pour leur offrir un accès indépendant et transparent.

[4] Est-il besoin de préciser que seuls les PC animés par l'OS de Microsoft sont concernés ? D'ailleurs, en analysant la technique utilisée, on se rend compte que la faille exploitée est liée aux API Windows mises en œuvre pour les flux audio. Il est fort probable que cette faille puisse être exploitée avec d'autres logiciels de VoIP.

jeudi 27 août 2009

Amazon fait dans le VPC

Non, pas dans la VPC (Vente Par Correspondance), tout le monde sait qu'ils y sont depuis longtemps; dans le VPC, le Virtual Private Cloud.

Et là, c'est encore un clou qui va s'enfoncer dans le cercueil des petits SI privés, rigides, fragiles, énergivore et dispendieux. Certain diront que c'est tant mieux !

Parmi les reproches que les entreprises font au modèle du Cloud Computing, tout ceux qui sont en rapport avec la sécurité arrivent en tête. Loin de moi l'idée de répondre en un simple billet à toutes les interrogations légitimes qui surgissent quand on parle de Cloud Computing, mais il semble que la disparition des objets physiques chargés de contenir les données ou d'animer le système d'information (serveurs, baies de disques, bandes de sauvegardes) soit davantage vécue comme une crainte fétichiste que comme une alternative à envisager avec pragmatisme.

Le mot "sécurité" sert parfois de fourre tout pour exprimer des concepts très différents et des problématiques diverses.
Disponibilité; confidentialité; fiabilité; intégrité; autant de mots pour autant de craintes qui tournent toutes autour d'une seule question ; "Puis-je avoir confiance dans mon système d'information ?"

Pour aujourd'hui, intéressons nous aux deux premiers (le reste pourra être abordé dans d'autres billets).

La disponibilité[1] des solutions de Cloud Computing dépend de deux grands facteurs :

  • La quantité de moyens mis en œuvre par le fournisseur (ou Opérateur),
  • Son expérience dans l'utilisation de la redondance que cette quantité lui permet pour prévenir (rotation préventive) ou guérir (systèmes de basculement automatique à chaud) ses propres indisponibilités.

A ce jeux, les compétiteurs sérieux forment un club très fermé où l'on retrouve toujours les mêmes poids lourds comme Google, Microsoft, IBM, j'en oublie surement. Et ... Amazon.
On peut espérer que la montée en puissance des solutions libres dédiées à ce type d'infrastructures permette à nombres d'hébergeurs actuels d'effectuer une migration de leur offre vers des solutions hébergées de type Cloud Computing.

Mais une chose est sure, un système d'information privé, reposant sur des matériels détenus au sein même de l'entreprise va avoir du mal à supporter la comparaison, à moins d'être celui d'une très grande entreprise. Et comme cette réalité commence à être admise, les fournisseurs de cette informatique privée se sont rabattus sur un autre levier de peur en brandissant la confidentialité comme argument de poids au refus du Cloud Computing.

C'est vrai qu'en jouant sur les mots, il est facile de prétendre qu'il serait peu prudent de placer à l'extérieur de la forteresse "Entreprise" des informations présentées comme confidentielles.

Assurer la confidentialité[2], c'est justement ce que propose Amazon avec son offre VPC. Le schéma suivant en illustre le concept. Amazon VPC (Virtual Private Cloud) Comme on le voit, on met dans les mains de son opérateur une 'poche' de son infrastructure, une extension, à laquelle on accède via un tunnel crypté (un VPN) et à l'intérieur de laquelle on assemble les machines, virtuelles, comme on le ferait dans sa propre salle de calcul,

Quand on prend la peine d'y réfléchir sérieusement, la quantité d'informations qui doivent réellement rester secrètes n'est pas si importante que ça; et le vieil adage qui dit qu'il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier est probablement le plus sage à suivre en l'adaptant aux principes de l'utilisation des doubles clés privées-publiques.
Une fois cryptées pendant leur transport, ces informations peuvent également l'être au sein même de leur stockage. Le tout est de ne pas laisser les clés sur la porte.

L'offre d'Amazon vient à point pour offrir les avantages du Cloud Computing à un nouveau pan du SI; celui dans lequel résident les données "sensibles". Cette dernière crainte sera bientôt levée par des offres de service de Tiers de Confiance proposées par des opérateurs différents, qui garderont les clés (mais pas les données) à la place des entreprises, avec la disponibilité liée aux services SaaS, opérés "On The Clouds".

La confidentialité étant ainsi techniquement possible, la disparition de la crainte ne sera plus qu'une question de confiance en cet opérateur tiers. En gardant à l'esprit que le plus gros risque vis à vis de la confidentialité est le plus souvent entre la chaise et le clavier, bien loin du Cloud.

Je ne souviens pas où j'ai entendu cette phrase, que je vous laisse à méditer : "Penser à la sécurité, c'est faire de la gestion de risques, Penser à éliminer les risques, c'est faire de la science fiction."

Notes

[1] La disponibilité est la propriété d'un système à délivrer le service correctement (en terme de délai et de qualité) lorsque l'utilisateur en a besoin. C'est le rapport entre le temps total de fonctionnement prévu et le temps de bon fonctionnement obtenu. Puisqu'une disponibilité parfaite (et utopique) serait de 100%, on l'exprime en nombre de 9 après la virgule pour des rapports qui vont de 99,9% (1 neuf) à 99,9999% (4 neuf), voire au delà. Pour donner une idée palpable, 4 neuf, c'est à peine 30 secondes d'indisponibilité par an ! Google Apps, qui offre un service avec 3 neuf aux professionnels payants, ne s'autorise que 6 minutes de blackout annuellement.

[2] La confidentialité consiste à prévenir les accès non autorisées aux informations. Cela recouvre aussi la lutte contre les attaques visant au vol ou à la divulgation de données (Chevaux de Troie, Keylogger) et celles destinées à les endommager (virus, bombes logiques). A ce titre, elle concours à garantir l'intégrité des informations.

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