mercredi 26 août 2009

La main passe

Les arcanes du marketing et les excès auquel cela peut parfois amener m'amusent souvent et m'irritent parfois; et là, j'ai sursauté.

La localisation des campagnes publicitaires est un phénomène connu, maintes fois observé, et qui est le plus souvent justifié. En général, cela permet de mieux coller aux codes culturels d'un pays.
Il n'y a pas que le texte qui ne doit pas être traduit littéralement, "mot à mot", au risque de produire des contre-sens cocasses ou contre productifs. Les visuels sont souvent porteur d'un message au moins aussi important que les mots. Leur adaptation est simplement une forme de traduction

Le plus souvent, les personnages qui apparaissent sont soigneusement sélectionnés pour permettre une identification positive, en renvoyant une image flatteuse dans laquelle la cible peut se projeter. C'est ce qui semble avoir été voulu sur cette publicité :

Publicité Microsoft version US

Le choix des figurants m'inspire dynamisme, joie, diversité, parité; rien que des valeurs que je juge positives.

Mais il faut croire que la diversité ne fait pas partie des valeurs jugées assez positives pour être mises en avant en Pologne. La version localisée ayant été grossièrement[1] retouchée pour remplacer le figurant afro-américain par un autre dont les probables origines slaves doivent davantage parler à la cible visée.

Publicité Microsoft version Polonaise

N'était-il pas suffisant d'avoir une figurante assez neutre pour sembler européenne ? Serait-ce un relent de sexisme ?
S'il fallait vraiment insérer un personnage couleur locale, pourquoi ne pas avoir remplacé le sino-américain ? L'Asie est un partenaire plus important que l'Afrique ?

Voir la représentation nationale d'une entreprise de ce niveau amenée à faire un tel choix marketing n'est pas rassurant sur le niveau d'acceptation de la diversité qui règne dans leur pays.

Et c'est bien triste pour un pays de l'Union Européenne.

Source : CNET

Notes

[1] La main du figurant original est restée "genuine" (authentique), d'où le titre du billet.

lundi 17 août 2009

One size fit all ... ou pas

Ayant été militaire, j'ai pu juger de l'intérieur des effets de l'uniformisation et apprécier les aspects à la fois efficaces et pervers de cette pratique. Et encore, dans ce cas là, les buts recherchés son avoués et assumés.
Dans d'autres domaines, j'ai toujours pensé que les diverses formes de panurgisme ne font qu'entrainer à terme un nivellement par le bas et un appauvrissement global.

Une histoire drôle que m'a racontait mon père me revient de plus en plus souvent en mémoire en ces temps où le marketing est roi, où le miracle de la communication donne aux fausses innovations l'apparence d'un futur forcément meilleur, mais vendu plus cher, ce qui, quand on y réfléchit un peu, s'avère être la seule véritable différence.

Cette histoire, c'est celle de la machine à raser.

Un homme, comme tous les jours, sort de chez lui le matin pour aller travailler. Comme tous les jours, il fait un crochet par le troquet de son quartier pour y prendre un petit café, histoire de bien entamer sa journée.
Sur le chemin, il remarque ce qu'il prend au premier abord pour un Photomaton, qui n'était pas là la veille. En s'approchant, il se rend compte de son erreur en lisant les inscriptions que porte la cabine : "Machine à raser", "Un nouveau service de proximité !", "Panne de réveil ! Rendez-vous imprévu ! Soyez impeccable !".
Il poursuit son chemin et arrive au café. Il y retrouve comme chaque matin les habitués du lieu et leur fait part de sa découverte. S'engage alors une discussion sur toutes ces merveilles que le progrès rend chaque jour possible. Et comme dans tous les bars de quartier pour que la discussion s'anime il faut que les avis divergent, un opposant auto-proclamé au progrès cherche tous les arguments possibles pour dénigrer l'objet. A un moment, pensant avoir déniché un atout maitre, il assène : "Ça ne marchera jamais, d'abord, on n'a pas tous le même menton !"
Et là, quelqu'un entre dans le bar, le visage entouré de bandages, et dit : " Avant, non ! Après ..."

Pendant de nombreuse années, cette histoire m'a fait rire. Et puis, j'ai commencé à la trouver amère, au fur et à mesure que l'uniformisation des gouts et des comportements gagnait du terrain. Pour ratisser une clientèle plus large, on recherche le consensus, la voie médiane, celle qui est censée rassembler; et ce faisant, on se nourrit de passé, alors que l'innovation doit dévorer le futur, au risque de se casser les dents en cherchant à diverger pour ouvrir de nouvelles possibilités.

De fusions en acquisitions, jusqu'à des positions de quasi monopole, on constate la diminution du nombre de logiciels proposés au public par les éditeurs de solutions propriétaires. On ne crée plus, on copie; et au lieu d'inventer de nouvelles solutions à des problèmes réels, on fabrique des besoins besoins nouveaux pour vendre une nouvelle fois la solution de l'an dernier à peine remaquillée.
De l'explosion foisonnante de ses débuts, de tous les petites solutions logicielles existant alors, il ne reste que celles défendues par quelques grosses entités, comme si un phénomène d'accrétion s'était produit, faussant par la puissance financière, ce qui aurait dû être une sélection naturelle par la qualité (ou du moins, par le choix des utilisateurs).
En réduisant la variété des solutions proposées, on réduit la capacité à créer des assemblages ou des usages originaux. Condamnés à se servir des mêmes outils, les utilisateurs ayant les mêmes tâches à réaliser ou les mêmes problèmes à résoudre finissent par œuvrer de la même façon.
Difficile d'obtenir un avantage par l'astuce ou l'originalité. Dans un monde uniforme, la masse à toujours raison.

A contrario, le monde de l'Open Source fait encore preuve d'une grande variété. Parfois trop, si l'on en croit ses détracteurs. Libérés qu'il sont des contraintes de rentabilité, tous les logiciels, si faible soit leur audience, ont un égal droit de cité.
Même sur des logiciels très ciblés, voire confidentiels, on trouve des groupes actifs de mainteneurs et d'utilisateurs, qui se connaissent (virtuellement) et s'entraident (réellement). Ils ne partagent pas que le problème, mais aussi leur vision de ce que doit être la solution. Et cette vision évolue au gré des fusions et des scissions entre projets[1], constituant une source d'innovation bien plus créative que le seul business plan d'un responsable marketing, un œil rivé sur le bilan comptable et l'autre sur le cours de l'action.

A ses débuts, l'informatique hésitante, sortant à peine de ses laboratoires, produisait à grand frais des résultats chers, rares et précieux, tels des robes de haute couture. Et puis l'industrialisation est venue, abaissant les coûts, démocratisant la chose en inventant une sorte de prêt à porter; et tout le monde pu goûter à ses bienfaits et rêver à ses promesses.
Cette démocratisation, le modèle Open Source s'en sert pour multiplier les réalisations originales et donner sa chance à un maximum d'idées. C'est cette caractéristique qui me fait parier sur la survie à long terme de l'Open Source; cette vivacité basée sur le foisonnement.
A l'opposé, dans une approche de rentabilisation par la rationalisation, les éditeurs de logiciels produisent ce qui ressemble davantage à la pire des abominations que connaisse la mode, la taille unique; celle qui, sous prétexte d'aller à tous, ne va bien à personne.

Restons vigilant, s'ils gagnent, il se pourrait qu'un jour il n'y ait plus que deux tailles : "Trop grand" et "Trop petit".

Notes

[1] Les geeks parlent de Merge ou de Fork pour les nommer.

lundi 10 août 2009

Gears en 64 bits

Maintenant que mon temps se partage entre mon PC fixe à la maison et mon portable en nomadisme, il m'a fallu adopter une solution simple de synchronisation entre mes deux PC.
Comme beaucoup de gens, je me sert de clés USB pour faire transiter les gros documents. J'ai même pris l'habitude de transporter ainsi des machines virtuelles dans lesquelles résident tous les composants d'un projet (environnement, documents et outils de développement).

Mais pour ce qui est des documents plus "vivants", la solution diffère. Comme je suis un utilisateur de Gmail (le Webmail de Google) depuis le début 2005 et je me suis adapté avec le temps aux solutions applicatives de la société de Mountain View.
Une grande partie des outils qui constituent les Google Apps[1] sont devenus le quotidien de de mon activité "on line".

Pour tout ce qui réside au sein de ces outils, "On The Clouds", la problématique de synchronisation n'existe pas. A la place, on se retrouve avec un nouveau problème : gérer les phases "off line", où on se retrouve sans connexion. Google propose dans ces outils une gestion de la mise hors connexion qui donne de bon résultats. Mais il faut installer une extension, Gears, qui n'est pas officiellement supportée pour les Linux 64 bits.

Mais en cherchant un peu, on trouve sur Internet quelques geeks qui se sont dévoués pour faire une compilation de la bibliothèque en mode x86_64 (Google fournit le code source) et pour empaqueter le résultat dans une archive au format XPI (format des extensions de Firefox). La plus récente que j'ai trouvée, et qui semble être régulièrement suivie et mise à jour, est produite par un certain Celogeek.

Pour l'installer sous Firefox, il suffit de cliquer sur le lien de l'extension :

Voilà, il m'est maintenant possible d'activer les fonctions "Hors connexion" de mes outils Saas préférés.

Merci Celogeek !

Notes

[1] Outre Gmail, pour le courrier, j'utilise aussi quotidiennement, Google Agenda, Google Docs et Google Reader à tel point qu'il forment un dossier de raccourcis que je lance au démarrage de mon navigateur.

samedi 8 août 2009

Ne chinoisons pas ...

Je sais, pour pratiquer parfois cet exercice, que la traduction est un art difficile. On a parfois bien assez de mal à maitriser les subtilités de sa propre langue; alors, celles d'un idiome aussi étranger que parfois étrange, c'est définitivement un métier.
Et encore, je ne fais là référence qu'à la traduction dans un domaine littéraire et général, exempt de tout besoins de compétences spécifiques comme c'est le cas pour les traductions techniques ou scientifiques, où les professionnels reconnus sont particulièrement recherchés.

C'est vrai, qui n'a pas dû relire plusieurs fois les incompréhensibles instructions de la notice de montage du jouet "Made in Taiwan" offert au petit dernier ? Qui n'a pas déjà pu gouter à l'exercice consistant à découvrir par tâtonnement le fonctionnement d'un appareil après avoir jeté le mode d'emploi pour cause de migraine chronique ? Alors, pour apporter ma contribution à cette l'interminable galerie de traduction ratées, je vous propose la perle suivante (cliquez pour agrandir l'image) ;

Traduction et surréalisme

J'avoue ne pas avoir encore trouvé quel cheminement tortueux permet de relier un téléphone portable et une pierre à aiguiser.

Mais puisque l'appareil en question, acheté à vil prix par Internet, remplit parfaitement son office, je ne chinoiserais pas ...

Flash, ou pas Flash ?

Compte tenu de la longueur atteinte par ce billet, et eut égard à sa nature, j'ai préféré en faire une page rattachée aux Trucs et Astuces.

Retrouvez la en suivant ce lien.

mardi 4 août 2009

Au commencement était le format

Assez régulièrement, je trouve au milieu de l'actualité des nouvelles qui, mises bout à bout et éclairées selon la bonne perspective, ramènent sur le devant de la scène la problématique des formats.
Pour quelqu'un de mon age[1] qui a vu défiler toute une panoplie de support de stockage, des mots comme "pérennité", "inter-opérabilité" ou "lock-in" (en français, "enfermement propriétaire") résonnent d'une réalité maintes fois vécue à travers les problèmes liés à l'évolution des systèmes d'informations et à l'obsolescence rapide des technologies.

Le lock-in, justement, passe de moins en moins inaperçu et la technique Embrace, Extend & Extinguish qui permettait de juguler les tentatives de libération de ceux qui s'en rendaient compte et en chiffraient le coût ne sont plus aussi facile à utiliser. La concurrence surgit de tous cotés, elles est rapide et créative. même le FUD ne donne pas d'aussi bon résultat qu'avant.

Sur le front des suites bureautiques, Microsoft se bat pour conserver la manne financière que représente sa position dominante. Et c'est principalement une histoire de formats de documents.

Après la bataille pour la normalisation de MS-OOXML destinée à discréditer la position d'unique norme ISO que possédait ODF, on a eut droit à l'aveu de son abandon au profit d'ODF pour les versions suivante d'Office.
A l'annonce du support du format ODF par Microsoft lui-même dans le SP2 d'Office 2007, certains se sont hâtivement réjouit de pouvoir ainsi respecter les contraintes d'ouverture qui pointent leur nez à l'horizon, tout en conservant de rassurantes habitudes. Hélas, comme on pouvait s'y attendre, de graves lacunes sont encore présentes et n'ont pas manqué d'être relevées par l'ODF Alliance[2]. A tel point que Sun fait la promotion de sa propre extension de support d'ODF dans Office.

Pour être tenu au courant de toutes ces péripéties qui surviennent dans le monde des formats, j'ai recours à un site que je considère comme la référence en la matière : Pour les formats ouverts. Il vient juste de fêter son 2000ème billet (j'ai encore du chemin à faire !) et d'apparaitre dans ma liste de saines lectures.

Vous y apprendrez que les formats sont partout, et que de leurs différences ou de leurs aspects cachées ne peuvent surgir que des problèmes.
Pour vous en convaincre, lisez donc le billet numéroté 1999, ça ne concerne pas l'informatique, mais ça illustre assez bien le confort que représente un client captif pour une entreprise, et ça explique la débauche de moyens qu'elle est prête à utiliser pour obtenir puis maintenir cette position.

Pour ma part, j'essaye autant que faire se peut de ne pas me laisser enfermer de la sorte. Le basculement de mon informatique domestique dans le monde du logiciel libre est un de ces premiers pas qui m'a fait quitter une route tracée par d'autres, selon leurs intérêts, et non pas selon ma volonté. Il m'en reste encore bien d'autres à faire. Et vous ?

Notes

[1] J'ai la chance d'avoir connu les IPL sur ruban perforé, les cartes perforées, les disquettes (souples) et les disques à tambour amovible. Le site d'IBM recèle un véritable musée des moyens de stockage; à voir.

[2] Personne ne s'étonnera de trouver au sein de cette alliance IBM, Sun, Oracle, Google et ... l'APRIL.

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