Pourquoi je suis opposé au dual-boot

Les lecteurs assidus le savent, je fais partie d'un association (l'ABUL) qui participe à la propagation de l'Esprit Libre en général, et des logiciels du même nom en particulier. Il est donc tout naturel qu'il m'arrive de participer aux Installs Parties organisée par notre association ou d'autres, comme le Giroll, poursuivant les mêmes buts.

Pour ceux qui l'ignorent, une Install Partie est une manifestation destinée à faire se rencontrer des utilisateurs de distributions Linux, qui compensent des niveaux de compétence variés par une disponibilité très élevée, et des futurs utilisateurs, hésitants à se lancer ou, ayant eut le courage de le faire, se trouvent confrontés à des problèmes nouveaux, et donc apparemment insurmontables. La plupart arrivent d'ailleurs avec leur "problème" sous le bras, pleins d'un espoir rarement déçu, tant les bonnes volontés abondent.

Ces manifestations sont le théâtre de scènes dont le scénario est le plus souvent le suivant :

  • Mr MICHU[1] a acheté il y a quelques semaines (mois) un ordinateur avec Windows XP (ou Vista, ou Seven) pré-installé,
  • Tout content, il s'est empressé de tester tout ce qu'il y avait dessus, plus tous les programmes géniaux conseillés par des amis pires que ceux de Voltaire[2],
  • Bientôt, le système commence à montrer des signes de fatigue (lenteur au démarrage) et d'instabilité (BSOD et autres message d'erreurs abscons dont la firme de Redmond s'est fait une spécialité),
  • Les recours techniques variés (réinstallation, réinstallation ou ... réinstallation) sont restés sans effet sur la machine (tout comme les médecines douces sur les migraines de Mr MICHU),

Arrivé à ce stade, quelques uns (dont Mr MICHU) osent envisager une solution qui effraie encore le plus grand nombre : passer sous Linux !

Courageux, mais pas téméraire, Mr MICHU vient remettre son destin, en même temps que son PC, dans les mains de ces Linuxiens, gentils mais bizarres. Et c'est le plus souvent pour le rassurer qu'on lui explique qu'on peut s'installer "à coté", sans rien détruire. Et de lui expliquer en mots aussi peu techniques que possible en quoi consiste un dual-boot; le PC à double démarrage, permettant de choisir quel monde lancer lors de la mise sous tension.
En faisant cela, on laisse la source des tous les maux subit par Mr MICHU tapie au sein de la machine, prête à réaffirmer sa prééminence sur le territoire à l'occasion d'un choix de démarrage ou d'un problème plus sérieux.

Car il faut bien l'avouer, et le constat est amer. Le plus souvent, Mr MICHU demande à ce que le système libre nouvellement installé ne soit pas celui lancé par défaut; le reléguant au rôle d'animal de foire qu'on ressort quand il y a du monde, pour montrer à quel point on est un rebelz, mais avec lequel on ne noue aucune relation suivie, trop effrayé de perdre les quelques habitudes prises avec l'OS de Microsoft et que l'on s'imagine être de la maitrise.

Bizarrement, pour horripilante et vexante qu'elle soit, ce n'est pas cette attitude qui me pousse à ne jamais proposer un Dual-Boot mais plutôt, en lieu et place, l'installation d'une machine virtuelle dans laquelle une instance du système propriétaire pourra faire son nid. Reprenons le problème dans l'autre sens : quelles raisons valables peuvent justifier de ne pas éradiquer définitivement et totalement le squatter livré avec 99,9% des PC (hors Apple) ? Il n'y en a qu'une : l'usage d'un logiciel particulier, n'ayant pas de version Linux, ni d'équivalent ou d'alternative crédible tournant sur le système libre.

Pour qu'une véritable adoption puisse se produire avec l'environnement Linux choisi, il faut qu'il soit le nouveau territoire dans lequel l'utilisateur se retrouve systématiquement par défaut, reléguant Windows au rôle d'ancien système, disponible au cas où le besoin d'obtenir un résultat ne souffrirait pas de patienter le temps de l'acquisition de nouvelles habitudes, et finalement destiné à être oublié au fur et à mesure de la prise de nouveaux repères.

Si donc une bonne raison existe d'accepter dans un premier temps une cohabitation, d'autres raisons me font délaisser le dual-boot, et elles sont pragmatiques et reposent sur les arguments suivants :

  • Lors de l'usage du logiciel propriétaire, il est bien dommage de ne pas profiter de l'intégration à l'environnement libre que permet la virtualisation. Faire un copier/coller entre son logiciel propriétaire sous Windows et son traitement de texte sous Linux pour illustrer un dossier, c'est tout de même pratique; et le dual-boot ne le permet pas.
  • La fragilité de Windows, surtout lorsqu'il sert de socle à tous les programmes accédant à Internet, oblige à d'infinies et couteuses précautions : antivirus, pare-feu et autre dispositifs de protection. Cantonné à l'exécution d'un unique programme, il peut se passer de toute cette artillerie. Et s'il peut même se passer de connexion; il y gagnera en légèreté et en stabilité.
  • A force de continuer à lancer Windows, les inconvénients subit plutôt surviendront à nouveau. Le risque que l'installation de Linux soit rendue indisponible en cas de réinstallation de Windows avec les supports de restauration créés lors de l'achat; ou pire, qu'en l'absence de supports, le reformatage soit complet. Là, la disparition de Linux serait totale, ainsi que des données qui lui ont été confiées, ce qui serait mauvais pour sa réputation, alors qu'il n'y est pour rien !

Ce sont toutes ces raisons qui me pousse à proposer la virtualisation à Mr MICHU, comme solution à d'éventuels besoins que Linux ne satisferait pas.

Une fois transformé en bac à sable à la fragilité toute relative, puisqu'il devient très facile à restaurer (une simple copie de fichier suffit), Windows ne fait plus courir de risque au Linux qui l'héberge, le laissant faire la démonstration de sa stabilité et lui donnant le temps de convaincre de sa richesse.

Finalement, je ne vois que deux raisons de ne pas opter pour une socle libre hébergeant un OS propriétaire virtualisé :

  • Mr MICHU est un Hardcore Gamer et n'envisage pas une seconde de lâcher sa plateforme PC pour une console de jeu.
  • La licence de Windows détenue par Mr MICHU ne permet pas, explicitement, ce type d'usage.

Je n'ai pas vu beaucoup d'exemplaires du premier type de client dans les Installs Parties; et tout ce que je proposerais à un Gamer serait de tester Linux dans une machine virtuelle pour qu'il apprenne à l'apprécier, mais je n'ai aucun argumentaire valable à lui opposer (il a déjà dit 'non' pour la console), et surtout, je sais que virtualiser un OS libre est tout ce qu'il y a de plus légal.

Car pour ce qui est de virtualiser les diverses moutures de Windows, les choses ne semblent pas claires, du moins pour un non spécialiste tel que moi. Les seules informations à peu près compréhensibles ne semblent s'intéresser qu'aux versions Server, aux usages en entreprise ou à la flexibilité des licences en volumes[3].

Le cas qui m'intéresse, en tant que particulier, et celui de l'utilisation de la licence OEM qu'on attrape par cette forme de grippe trop peu médiatisée nommée "Vente Liée". Cette licence, pour ce que j'en ai compris, est liée au PC avec lequel elle est livrée. Elle ne peut être déplacée ou réutilisée sur une autre machine, même si elle n'est plus utilisée sur sa machine d'origine. Et c'est dans l'interprétation même du mot "machine" que réside peut-être le piège.

Dans mon esprit, le fait de virtualiser un Windows sur la machine même avec laquelle il a été acquit correspond à un changement de composant obligeant, au plus, à une réactivation de la licence. Mais je sais à quel point le bon sens est trompeur en matière de justice et de droit. La licence est un contrat commercial, domaine où le législateur laisse le rédacteur du contrat libre d'user de l'arbitraire dans l'élaboration des clauses d'usage, ne laissant au contractant qu'une liberté, celle de décliner l'offre.

Et vous, qu'en pensez vous ?

Notes

[1] Mr MICHU est l'homologue français du célèbre Mr X, bien connu outre atlantique.

[2] En référence à la citation prêtée tantôt à Voltaire, tantôt à Kant, et popularisée notamment par Sacha Guitry : "Seigneur, préservez-moi de mes amis, les ennemis je m'en charge !"

[3] Les juristes en mal de cas d'école consulterons avec intérêt cette pageVMWare semble se plaindre de la complexité des règles que Microsoft impose à l'utilisation de ses OS en environnements virtualisés, obstacles juridiques plus difficiles à surmonter que les problèmes techniques dont on fini toujours par venir à bout.

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