RMS sera-t-il Prix Nobel d'économie un jour ?

Richard Matthew STALLMAN, affectueusement surnommé RMS par tous ceux qui voient en lui, au delà de la paternité de la licence GPL, l'un des pères fondateurs d'une certaine éthique de la collaboration, est sans conteste un personnage connu.
Très connu, même.
Bien plus, au moins dans un certain grand public dont je fais partie, que les lauréats successifs de l'illustre récompense que constitue le Prix Nobel d'économie.

Car s'il est vrai que, si suivant son niveau d'intérêt sur les divers domaines de la science ou des arts, on connait parfois les lauréats des Prix Nobel de chimie ou de physique, on essaie de comprendre les implications que peut avoir dans le quotidien le Prix Nobel de médecine et on a l'attention attirée sur l'œuvre de celui qui décroche la timbale en littérature, il faut bien admettre qu'il faut être de la partie pour avoir son lecteur RSS branché sur les blogs de ces grands méconnus du commun des mortels que sont les économistes que le jury Nobel désigne annuellement.

Et encore, au vu des récents déboires de l'édifice économico-financier conçu par leurs prédécesseurs pas si lointains, il faut bien admettre que les économistes ont acquit une réalité et une substance qui n'est pas étrangère à leur soudaine prolifération de l'an dernier sur les plateaux de télévision où ils venaient l'un après l'autre, suivant leurs obédiences et leurs convictions, expliquer que le système était parfait et n'avait aucun problème, mais qu'il fallait quand même remettre de l'argent là où on avait déjà mis toutes nos économies parce qu'elles n'y était plus, même si personne ne les avait volées[1].

Cette année, le jury Nobel à fait montre d'un peu de parité tardive en désignant une femme, Elinor Ostrom[2]. Mais s'il y a quelque chose d'un peu surprenant dans cette désignation, ce n'est pas le sexe de l'élue.

La raison invoquée pour cette désignation est qu'elle a "démontré comment les biens communs sont efficacement gérées par des associations d'usagers[3]" (traduction libre).

En général, quand les mots "biens communs" et "associations" franchissent les lèvres d'un économiste, c'est accompagné d'un rictus de dédain (pour le moins), jamais pour en faire l'éloge.

Jamais ? Voire ! Après Paul Krugman l'année dernière, et Joseph Stiglitz 7 ans plus tôt, c'est la troisième fois qu'un "Nobelisé" reconnait le bien fondé et l'effet économiquement positif[4] des circuits alternatifs de production et de distribution intégrant de manière innovante la grande vague de numérisation globale qui atteint toutes les informations et toutes les connaissances humaines, art inclus.

Et là, c'est spécifiquement pour avoir montré l'aspect positif de ce modèle co-productif et co-dirigé que connaissent bien les participants du mouvement Open Source, rompus à la collaboration, que cette éminente personne s'est vue récompensée.

Si ces thèses, hier hérétiques et aujourd'hui encensées, deviennent de plus en plus crédibles; alors RMS aura son Nobel ! Ce n'est qu'une question de temps !

Sources :

Numerama
Le Monde

Notes

[1] Ça ne vous parait pas clair ? C'est pourtant la meilleure synthèse, au sens raccourci dans le temps, que je puisse proposer, des près de six mois de doctes discours de distingués économistes pas toujours bien répétés par quelques journalistes présentateurs ou hommes politiques désignés d'office pour endormir rassurer les masses. Et il faudrait que Mme Michu arrive à suivre ...

[2] Elinor Ostrom partage ce prix avec un autre économiste, Oliver Williamson.

[3] Elinor Ostrom has demonstrated how common property can be successfully managed by user associations (source)

[4] Le mot "enrichissement" ne fait pas vraiment partie du vocabulaire de ces professionnels, mais c'est bien de ça qu'il est question. Une autre terminologie politiquement correcte est de faire l'éloge de la capacité des modèles économiques alternatifs à être générateur de valeur.

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